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jeudi 16 juillet 2009

Aux délices d'Adeline ( 22ème jour )

Elle était là, immobile en bas du perron, dans le petit jour naissant. Elle m’a regardée approcher, a mis un doigt sur ses lèvres, m’a fait signe de la suivre. On a longé silencieusement le parc, contourné le verger. Elle avait la clé de la petite porte en contrebas. Sa voiture était garée juste en face. On a démarré en trombe…

- On va où ?…

- T’avais dit à Lyon…

- A Lyon ou ailleurs… On s’en fout… On fait ce qu’on veut… On est libres… Pour une fois qu’on est libres…

Elle a éclaté de rire…

- La tête de Ménisson tout-à-l’heure quand il va découvrir que j’ai fugué… J’aimerais être une petite souris pour voir ça… Il va être dans une colère, mais une colère !… Et quand il saura que c’est avec toi en plus !… Il peut pas te sentir… Il va dire que c’est toi qu’as tout manigancé… Que tu me manipules… C’est son grand truc, ça… Tu me manipules… Ah, tu peux t’attendre à en ramasser une belle quand on va rentrer… Bon, mais c’est pas tout ça… On va où ?… Parce qu’on roule… on roule… Faudrait bien finir par se décider… T’as envie qu’on aille où ?…

- Où tu veux… Moi, ça m’est complètement égal…

- Et si on allait à la mer ?… Avec le temps qu’il fait !… Ca fait guère plus loin que Lyon en fin de compte… Hein ?!… Qu’est-ce t’en dis ?… Allez, hop !… Direction la mer…




- Comment on est bien !…

Installées côte à côte toutes les deux, en front de plage, sous un large parasol écru, devant une immense assiette de fruits de mer…

- Il y a longtemps que je m’étais pas sentie aussi bien…

Elle s’est offerte au soleil, les yeux clos, les bras abandonnés sur les accoudoirs…

- Tu sais ce que je me demande – souvent – c’est où j’en serais s’il y avait pas eu Félicien… Sûrement au même point qu’avant… Je travaillerais en cuisine… Sans doute toujours avec Fournier… J’aurais un copain attitré… Peut-être Sylvain… On s’entendait bien tous les deux… On ferait des projets tout simples… On n’aurait peut-être pas beaucoup d’argent, mais au moins ce qu’on se paierait on l’aurait gagné… Mais il y a eu Félicien… Je me demande bien pourquoi d’ailleurs… Et comment c’est arrivé… Parce que ça me ressemble pas du tout un truc pareil… Mais bon… On peut pas revenir en arrière… Enfin si, je pourrais, mais ce serait beaucoup trop compliqué… De toute façon j’ai pas vraiment envie… Il m’emmerde pas Félicien… Pourvu que je lui mette une bonne trempe de temps en temps… Et encore !… Je peux bien le laisser des semaines sans en prendre… Il est content quand même… Quoi que je décide, quoi que je fasse il est toujours content… Pourvu que ça vienne de moi… Non… Le vrai problème c’est Ménisson… Qui m’étouffe… C’est rien de le dire… Mais d’un autre côté si je l’avais pas Ménisson… Oh, et puis merde !…

Elle s’est levée…

- Je reviens…




- J’ai appelé là-bas…

- Oui… Et alors ?

- Et alors… il nous met en demeure de rentrer… Tout de suite… Qu’il aille se faire foutre…

- Tu lui as dit ?

- Pas comme ça… Mais le sens y était… Tu viens ?… On va à la plage ?…




C’est d’abord passé… Entre la mer et nous… Dans un sens… Dans l’autre… Revenu… Deux types… Qui ont regardé avec insistance dans notre direction… Avec de plus en plus d’insistance…

- Tu paries qu’ils vont être pour notre pomme ceux-là ?…

Ils se sont mis à dessiner autour de nous des cercles concentriques de plus en plus étroits…

- Ca va être quoi leur truc ?… Nous demander l’heure ?… Si on est du coin ?… En train de bronzer ?… Non… Non… Ca, c’est le genre qui se croit irrésistible… Ils vont y aller franco… Nous proposer d’emblée de nous payer un coup à boire…




- Salut !… On vous offre un verre ?…

On a éclaté de rire…

- Qu’est-ce qu’on a dit de si drôle ?…

- Rien… Justement… Absolument rien… On avait un peu d’espoir… Que vous alliez faire preuve d’un minimum d’originalité… Sortir de l’ordinaire… Ben non !… C’est raté… Alors ou vous êtes très cons ou vous nous prenez pour des connes… Dans un cas comme dans l’autre…

- Non, mais c’est quoi ces pétasses ?… Vous êtes même pas belles en plus !…




- Et voilà !… Bon débarras !… On allait quand même pas se coltiner ces deux blaireaux la moitié de l’après-midi… Parce que c’est vrai que pour une fois que j’arrive à m’échapper je me serais bien payé un petit extra vite fait… Histoire de m’éclater… Depuis le temps que ça m’est pas arrivé… Mais bon… Pas à n’importe quel prix… S’il faut que tu te tartines le gros lourd de service toute une soirée sous prétexte de passer un bon moment au lit !… Et encore !… T’es même pas sûre… Tant que tu l’as pas essayé le type tu peux pas savoir s’il assure… Alors si c’est pour même pas prendre mon pied et me retrouver avec un mec que j’arrive pas à décoller sur les bras merci bien… Je préfère encore m’amuser toute seule… Au moins je suis sûre de mon coup…




- Pauvre connard, va !…

Elle venait de rappeler « là-bas »…

- Mais pourquoi t’as fait ça ?…

- Parce que… Pour savoir… Pour… Oh, et puis merde !… Magne-toi de finir ta glace… On va pas rester à moisir ici… Il doit bien y avoir des boîtes dans le coin…




Quand je suis revenue de la piste elle était au bar, juchée sur un tabouret et en pleine conversation avec un grand costaud brun qui la faisait rire aux éclats…




Elle a passé la tête par la porte de la chambre…

- Tu dors pas ?

Non, je dormais pas, non !… Avec le raffût qu’ils faisaient tous les deux à côté…

- C’est super !… Tu verrais ça !…

Ca avait l’air en tout cas…

- Mais tu me réveilles demain surtout, hein !… A sept heures… Faut absolument qu’on remonte là-haut…

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