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jeudi 16 avril 2009

La classe des filles ( 26ème jour )

- C’est le dernier cours aujourd’hui…

- On vous aura l’année prochaine, M’sieur ?

- Vous verrez bien…

- On aura le droit de vous écrire en attendant ?

- Et si on a besoin de cours particuliers, vous en donnez ?

- Oh oui, parce que moi, j’en ai vachement besoin…

- Moi aussi… Bien plus qu’elle… Et puis d’abord on dit pas « vachement »… Hein, M’sieur, qu’on dit pas vachement ?

- Vous allez commencer par vous taire… Et par vous asseoir correctement… Tu comprends le Français, Emilie ?… Bien… Alors quelles sont celles d’entre vous qui estiment que des cours d’appoint leur sont nécessaires ?

Des mains se sont spontanément levées. D’autres – dont la mienne – ont hésité. Ont fini par s’y résoudre. Il a compté…

- Treize… Vous êtes treize à faire preuve d’une lucidité qui vous honore… Quant aux trois autres… Etes-vous si imbues de vous-mêmes que vous soyez dans l’incapacité d’admettre l’état pitoyable de vos connaissances ?… Hein ?… Eh bien répondez !… Ca va, Aglaé, tu es contente de toi ?… Tu estimes sans doute que tu as une maîtrise suffisante de la langue pour pouvoir te dispenser de la travailler ?…

- Mais non, mais…

- Mais non, mais quoi ?… S’il y en a une ici qui aurait dû se précipiter pour lever la main c’est bien toi… Au cours de ma déjà longue carrière je n’ai encore jamais eu d’élève qui soit capable d’aligner autant de fautes que toi au centimètre carré … Et toi, Emma ?… Je défie n’importe qui de comprendre quoi que ce soit au charabia qui semble te servir de langue maternelle… Quant à toi, Cynthia, je préfère m’abstenir de tout commentaire… La virulence de mes propos traduirait avec beaucoup trop d’exactitude le fond de ma pensée… Alors c’est vous, vous trois – et vous seules – qui bénéficierez de cours de soutien… Vous viendrez me voir toutes les trois, à la fin de l’heure, pour que nous puissions prendre les dispositions nécessaires…

Cynthia m’a poussée du coude…

- T’as vu ça ?… Bien joué, hein ?… Mais je commence à savoir comment il faut le prendre, lui…




Avec Adeline et Mina aussi, aux cuisines, c’était le dernier jour…

- Vous aviez promis, M’sieur Fournier, pour Basile…

Penché sur les fourneaux, il faisait celui qui n’entendait pas. Adeline a haussé les épaules…

- On n’a pas besoin de lui… Moi aussi, je sais la donner aux mecs la fessée maintenant si je veux…

- T’es pas cap…

- Alors ça, c’est ce qu’on va voir… Depuis le temps qu’il m’agace ce Basile avec ses regards par en-dessous…

Elle s’est approchée de lui…

- Alors comme ça on te plaît que t’arrêtes pas de nous mater le cul en douce ?…

- Hein ?… Mais non, mais…

- Et menteur avec ça !… Tu crois qu’on te voit pas faire ?… Depuis le début… Depuis le tout premier jour tu penses qu’à ça… T’es un vicieux… Et de la pire espèce… De ceux qui assument pas… Les sournois… Les « qui veulent pas avoir l’air »… Regarde-moi quand je te parle…

Il a brièvement levé les yeux sur elle, les a aussitôt baissés…

- Regarde-moi, j’ai dit !… Là… Reconnais que t’en as mérité une… Et une bonne !… Eh bien ?… Tu réponds ?

C’est Fournier qui a répondu…

Vous allez lui ficher la paix à ce pauvre garçon, oui ?… Venez, Basile, venez… Vous allez m’aider à remettre le réfectoire en ordre…

- Quel salaud !… T’as vu comment il m’a cassé mon coup ?… C’était mûr, là… Ca allait le faire… Oh, mais j’ai pas dit mon dernier mot… Il finira par se la ramasser… Un jour ou l’autre il se la ramassera…

- Je vois pas comment maintenant… On le reverra pas Basile… Ou alors l’année prochaine… S’il revient…

- Il a vraiment un problème avec ça Fournier… Vu comment il s’est précipité pour me l’arracher des mains… C’est à lui qu’il faudrait en coller une, tiens !

- Oui, ben ça faut pas rêver… Ca arrivera jamais…

- Qui sait ?… Qui sait ?… C’est tellement bizarre la vie des fois…




Noëlle s’est jetée à l’eau…

- Tu comptes faire quoi ?… Pour nous – pour nous deux – tu comptes faire quoi ?

- Comment ça « Je compte faire quoi ? »

- J’en peux plus d’attendre, Raphaëlle… De me demander sans arrêt… C’est trop cruel…

- De te demander quoi ?

- Ben, tes intentions… Si tu veux qu’on se revoie toutes les deux quand on sera parties d’ici…

- Tu as ta vie… J’ai la mienne… On va pas tout bousculer, tout mettre sens dessus dessous pour s’apercevoir trois mois après, si ça tombe, qu’on s’est complètement plantées… Et qu’on n’est pas faites – mais alors là pas du tout – pour vivre ensemble…

- Non, non, mais je veux pas ça… J’ai pas demandé ça…

- Mais tu y as pensé…

- Oui, j’y ai pensé, oui… Mais juste comme ça… On fera ce que t’as envie, toi… Seulement ce que t’as envie, toi… Tout ce que t’as envie, toi… Même qu’on se voie que de temps en temps pour que tu me mettes la fessée ou que tu me la fasses donner par quelqu’un que tu voudras ça me va… Ca me va très bien… Et t’auras même pas besoin de faire tous les kilomètres entre nous… Je viendrai… Je viendrai, moi… Suffira que tu m’appelles… Que tu me dises…

- Oh, mais je pourrai bien venir aussi… Chacun son tour…

Son visage s’est illuminé…

- Mais alors ça veut dire que tu veux bien qu’on continue à se voir…

- Ben bien sûr !…

Elle s’est jetée dans mes bras. Elle s’y est blottie…

4 commentaires:

  1. Ben zut, c'est déjà fini !!!

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  2. Pas tout à fait, non, mais presque... ( encore trois petits jours )
    Le "problème", c'est que je n'arrive pas à me détacher de certains de mes personnages... Du coup je les lance dans de nouvelles aventures... Mais le répète à personne: c'est encore un secret...

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  3. Merciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!

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  4. Il y a pas de quoi!... Tout le plaisir est avant tout et égoïstement pour moi...
    A bientôt...

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