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jeudi 2 novembre 2017

Mémoires d'une fesseuse (9)

Chez elle, j’ai aussitôt voulu prendre les choses en mains. Faire preuve de détermination. Qu’elle n’aille pas s’imaginer que je n’étais pas à la hauteur. Et regretter de m’avoir fait confiance. Je me suis donc installée, d’autorité, dans le fauteuil qui trônait, à la place d’honneur, devant la cheminée.
– T’as sûrement un martinet quelque part ?
Elle avait, oui.
– Va me le chercher…
Ce qu’elle s’est empressée de faire.
– Donne !
Je l’ai fait claquer en l’air. Plusieurs fois.
– Là ! Et maintenant désape-toi !
D’un ton sec. Cassant. Elle m’a lancé un bref regard de satisfaction. Et elle a obéi. La robe. Dont elle a fait glisser, dans le dos, en se contorsionnant, la fermeture-éclair. Qu’elle a passée par-dessus la tête. Le soutien-gorge. Dont elle a ramené l’attache devant, sous les seins, après les avoir extirpés des bonnets. Sans se détourner. Elle l’a dégrafé, jeté derrière elle. Et puis elle a attendu. Quelque chose. Un ordre. Ou un encouragement. Que je me suis bien gardée de lui donner. J’ai attendu, moi aussi, impassible, impénétrable, sans la quitter un seul instant des yeux. Il s’est passé du temps, beaucoup de temps, avant qu’elle se résolve enfin à sortir de sa culotte. Une jambe après l’autre. Un pied après l’autre. Et elle est restée là, intégralement nue devant moi, les bras ballants le long du corps, la tête basse.
Je l’ai longuement détaillée. De haut en bas. De bas en haut. En m’attardant longuement ici ou là. Et puis j’ai ri. D’un long rire offensant sur les raisons duquel je lui ai laissé tout loisir de s’interroger.
Je me suis ensuite lentement levée, approchée.
– Tu n’as pas honte ?
Elle a gardé les yeux obstinément baissés.
– Hein ? Tu n’as pas honte ? Eh, bien ? Réponds !
– Si !
D’une toute petite voix.
– Tu vas être punie pour ça…
Je l’ai prise par le bras, menée jusque devant la grande table en chêne.
– Penche-toi !
Je lui ai pesé, de toutes mes forces, sur la nuque, l’ai obligée à s’incliner, à l’équerre, la joue écrasée contre la table.
– Là ! Et on bouge plus.
Je lui ai lentement, très lentement, promené les lanières du martinet tout au long de la colonne vertébrale, puis du sillon entre les fesses.
Elle a frémi. J’ai recommencé. Deux fois. Trois fois. J’ai alors jeté le martinet, à côté d’elle, sur la table.
– C’est tout pour aujourd’hui…
– Oh, non !
– C’est moi qui décide ! C’est pas moi qui décide ?
– Si !
– Alors tu restes là ! Tu restes comme ça… Tu bouges pas… Et je veux pas t’entendre.
Et je me suis mise à errer, tout à loisir, dans son appartement. J’ai visité les pièces, ouvert les placards, les penderies, sorti ce qu’il y avait dans les tiroirs.
– C’est pas mal chez toi, dis donc !
J’ai longuement exploré la bibliothèque.
– Houla ! Zola… Flaubert… Balzac… Comment c’est sérieux, tout ça ! Il y en a d’autres, je suis sûre. Bien planqués quelque part. Tiens, qu’est-ce que je disais ! « Les délices du fouet. » Tout en haut et tout derrière. Je te l’emprunte. Je te le ramènerai.
Et je me suis dirigée vers la porte.
– Bon, ben j’y vais, moi ! Mais t’inquiète pas, je vais revenir ! Dans cinq minutes. Ou dans une heure. Ou dans dix. Ou demain. Mais je reviendrai. Promis. En attendant, toi, interdiction de bouger de là. C’est bien compris ?
– Oui.

4 commentaires:

  1. Bravo pour notre heroïne, qui a su prendre son destin en main ...
    Mais je regrette plus qu'un peu la pauvre Marie-Clémence, est-ce qu'elle n'aura plus droit á une petite râclée de maintenance?

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  2. Non, non. Marie-Clémence n'est pas laissée pour compte. Elle est toujours là en filigrane, et la "caméra" ne va pas tarder à être à nouveau braquée sur elle. Merci de votre lecture et de votre commentaire.

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  3. Merci á vous pour votre style vivant et vos histoires toujours savoureuses. Et puis je m'excuse pour mes commentaires maladroits... Bref, je suis étranger; n'allez pas croire que l'ortographe de tous vos lecteurs mérite la fessée xDD

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  4. Aucun souci: vous maniez remarquablement bien la langue française. Et encore merci de me lire avec autant d'assiduité.

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