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lundi 5 avril 2010

Colocataires2 ( 9 )

- Hein ?!… Mais c’est nul !… On voit pas ma tête… Pourquoi on voit pas ma tête ?… C’est vous qui l’avez cachée ?… Oui ?… Pourquoi vous avez fait ça ?…
- Parce que… N’importe qui se promène sur Internet… Tu imagines si quelqu’un d’ici arrivait dessus par hasard et te reconnaissait ?…
- Oh, quand même !… Ce serait vraiment pas de chance… Avec le nombre qu’il y en a des blogs…
- Oui, mais ça peut arriver… C’est déjà arrivé… Ca arrivera encore…
- Je serais pas la première fille qu’ils verraient à poil sur Internet…
- Non… Mais la première de leur entourage immédiat… Ils te côtoient au quotidien… Ils te croisent… Ils te parlent… Tu es la fille de… Tu connais la mentalité d’ici… On ne va plus parler que de ça… Les photos vont faire le tour du pays… On va se les arracher… Avec toutes les conséquences que ça peut avoir pour toi… Les ricanements sur ton passage… Les réflexions au boulot… Les sous-entendus à répétition… Sans compter les propositions… On va en tirer la conclusion que tu es une fille facile… Que tu demandes que « ça »… Que tu n’attends que « ça »
- C’est nul… Les gens sont nuls…
- Malheureusement on est obligés de faire avec…
- Oui, mais en attendant ça n’a aucun intérêt des photos comme ça… Parce que qu’est-ce qu’on voit ?… Un cul… Des seins… Tu parles !… On sait même pas à qui ils sont… C’est humiliant, même, moi, je trouve… C’est comme si il y avait plus qu’avec ça que je comptais… Que j’avais rien d’autre d’intéressant…
- Tu sais bien que non…
- Oui, mais ça revient à ça si on y réfléchit bien… Vous y tenez vraiment beaucoup ?…
- A quoi donc ?…
- A ce qu’il y ait le plus de monde possible qui me voie… Non… Parce qu’on peut aussi le mettre en accès restreint un blog… Ne donner le code qu’à qui on veut… Et à ce moment-là vous pourriez les choisir les types… Voir ce qu’ils ont dans le ventre avant de les laisser venir… Et être sûr qu’ils habitent suffisamment loin pour qu’il y ait aucune chance qu’ils me connaissent…

« Qu’est-ce que j’apprends ?… Mélianne se serait réinstallée chez vous ?… Comment je le sais ?… Ah ça !… J’ai mes informateurs… Vous voyez qu’on peut être au fin fond de la Guyane et au courant malgré tout de ce qui se passe dans votre appartement… J’ai presque envie de dire « notre appartement »… Parce qu’il faut quand même pas oublier que j’y ai été la première et que si je n’avais pas réussi à vous convaincre de m’héberger personne n’y aurait jamais mis les pieds. Ni Mélianne ni qui que ce soit… Vous savez que j’y pense souvent à là-bas ?… Il me suffit de fermer les yeux et j’y suis et je revois tout comme c’était « de mon temps » avec une incroyable précision… Et… et je dois bien reconnaître que c’est là que – jusqu’à présent – j’ai passé les jours les plus heureux de ma vie…

Bon, mais à part ça j’ai rompu. Ou du moins j’ai essayé. Pas avec mon officiel, non. Avec l’autre. Parce qu’à force de réfléchir je me suis dit que c’était suicidaire cette histoire. Que ça m’apportait strictement rien. Et qu’à terme ça allait forcément m’amener tout un tas de complications. Sous une forme ou sous une autre. Sauf que… l’autre animal il veut pas en entendre parler. Rien à faire. Pas question que je le quitte. J’ai eu droit à tout. Aux crises de larmes. Aux serments d’amour éternel. Au chantage. Aux menaces. Il s’est mis en tête de rendre notre liaison publique. De divorcer. Et de faire sa vie avec moi. J’ai gagné du temps comme j’ai pu. Mais je le sens si déterminé, si exalté qu’un jour ou l’autre, forcément, ça va revenir sur le tapis… Et ce jour-là !… Je préfère ne pas y penser… Non, mais j’ai vraiment le don de me mettre dans des situations impossibles, moi !… Me voilà condamnée à tout faire pour que ça continue avec un type qui me sort complètement par les yeux maintenant que je l’ai percé à jour… Et tout ça pourquoi ?… Pour éviter le scandale… Pour éviter que sa femme ne me hache en menus morceaux… Et que de mon côté… Parce que je ne sais toujours pas comment il réagirait, lui, mon mien à moi… Je ne peux que hasarder des suppositions… Et si je devais le perdre par ma faute – par ma bêtise – je crois que je ne pourrais jamais me le pardonner. Parce que c’est moi qui suis responsable de tout. C’est moi qui ai déclenché tout ça. Par ennui. Par désoeuvrement. Pour tenter le diable. Pour qu’il se passe quelque chose. N’importe quoi. Et maintenant je ne redoute rien tant que de voir bousculer ma petite tranquillité. Compliquée la fille, hein ?!… Carrément inconséquente, oui… Dites-le !… Dites-le puisque vous le pensez… J’ai peur… Je plaisante, mais si vous saviez comme j’ai peur… Vous vous occuperez de moi, hein, s’il me fout dehors ?!… Vous me reprendrez là-bas ?… Et vous recommencerez mon éducation. Depuis le début. A zéro. Pour mon bien. Vous me promettez, hein ?… Je vous embrasse. Victorine. »

- Tu faisais quoi ?…
- Rien…
- Si !… Un truc que tu voulais pas que je voie… T’as vite cliqué sur la croix pour fermer en haut quand tu m’as entendue… Tu me cherchais un cadeau, c’est ça ?… Oui, je suis sûre que tu me cherchais un cadeau… C’est quoi ?… Attends !… Laisse-moi deviner… Tu me cherchais un mec… Oui, c’est ça !… Oh, mais c’est vraiment super comme idée… On est là, un soir, tous les deux… Il y a quelqu’un qui sonne… Tu m’as fait la surprise… Un mec… Jeune… Beau… Un de ces petits canons !… Et puis qui sait y faire avec les femmes… C’est rien de le dire… Tu me l’as choisi avec amour… T’y as passé des heures et des heures… Pour qu’il soit juste exactement à mon goût… Que je sois pas déçue… Que je te prenne un pied comme jamais… C’est quand qu’il arrive ?… Comment je vais être impatiente maintenant !…

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