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vendredi 23 janvier 2009

La classe des filles ( 3ème jour )

Il s’est adossé au bureau…
- Bien… Je suppose que les accords du participe passé n’ont maintenant plus de secrets pour vous… Que ce soit avec le verbe ETRE ou avec le verbe AVOIR…
- Non, M’sieur !…
- Parfait !… On va vérifier ça tout de suite… Vous prenez une feuille… Dictée… Pour cette fois seules les fautes en relation avec ces accords seront prises en compte… J’ose espérer qu’il n’y en aura pas… Du moins dans les copies de celles qui ont sérieusement travaillé et ont fait preuve d’attention et de bonne volonté… Quant aux autres, les distraites et les paresseuses, elles n’échapperont pas à la punition exemplaire dont vous admettrez avec moi qu’elle aura été parfaitement méritée…
On a toutes baissé la tête. Il a commencé à dicter. Les plumes ont crissé sur le papier…

Dans la cour, à la récré, après, on s’est presque toutes regroupées sous le platane à côté du préau…
- Vous avez su, vous ?
- Moi, oui, à peu près, je pense…
- Moi aussi…
- Moi, j’ai tout mélangé à la fin… Mais alors ce qui s’appelle tout…
- Tu vas te ramasser une fessée, c’est couru…
- Vous croyez qu’il va vraiment le faire ?…
- Ben ça !… On savait à quoi s’en tenir en venant ici, non ?
- Il tape fort ?
- On peut pas savoir… Il est nouveau de cette année…
- Moi, je dis que ça doit pas être désagréable du tout avec lui… Beau gosse comme il est…
- Ca donne envie de faire des fautes exprès…
- Oui, ben pas moi alors là !… J’ai pas envie qu’il me prenne pour la dernière des dindes… J’aurais bien trop honte…
- On a quoi après ?… - Histoire… Avec la mère Petitbois…
- Oh, ben alors là ça va être une autre paire de manches…
Noémie m’a fait signe…
- Tu peux venir voir deux minutes ?…

- Quoi ?… Qu’est-ce qu’il y a ?
- Tu crois que je peux aller lui parler ?
- A qui ?
- Au type là-bas avec le polo vert…
- Ben… Personne le fait pour le moment d’aller leur parler aux garçons…
- On n’a pas le droit ?
- C’est pas formellement interdit, mais à mon avis vaut mieux éviter… Surtout comme ça, dès le début, à peine arrivée… Parce que c’est un sujet sur lequel ils sont très à cheval si j’ai bien compris… On va te cataloguer… Tu seras dans le collimateur et tu pourras plus bouger le petit doigt… Attends un peu… Que ça se fasse naturellement… Ou qu’il y en ait d’autres qui aient commencé…
- Ce qu’il est beau !… Non, mais ce qu’il est beau !… Tu sais quoi ?… Jamais j’ai été amoureuse comme ça…
- Oui, ben du calme… Du calme… Tu le connais pas… Tu sais rien de lui… Si ça tombe il est con comme une valise sans poignée…
- Alors ça, ça m’étonnerait… Je l’aurais senti… Je les sens toujours ces choses-là…

La fille derrière a susurré… - Hé !… Psst !… C’est la mère Mac Miche cette prof d’Histoire… On s’est réfugiées toutes les deux, Cynthia et moi, d’un même mouvement derrière nos bras repliés pour éclater de rire…
- Mesdemoiselles !… Oui, c’est à vous que je m’adresse… On peut savoir ce qu’il y a de si drôle ?… Que tout le monde en profite… Eh bien ?… On attend… Alors !?
- Non, mais rien, M’dame !… Rien…
- Alors comme ça vous riez sans savoir pourquoi ?… Vous me prenez pour une imbécile ?
- Oh non, M’dame !…
Et le fou rire nous a rattrapées de plus belle…
- Bon… On a décidé d’amuser la galerie à ce que je vois… Mais j’en ai maté de beaucoup plus coriaces que vous, vous savez… Vous n’aurez pas le dernier mot avec moi… Venez ici !… Toutes les deux… Montez sur l’estrade… Là… Tournez-vous !… Dos à la classe… Relevez vos robes… Allez !… Ne m’obligez pas à répéter… J’ai horreur de ça… Plus haut !… J’ai dit : « Plus haut ! »…
Elle l’a fait, sèchement, par surprise : la culotte baissée d’un coup, à mi-cuisses. J’ai laissé échapper un cri. Cynthia a laissé retomber sa robe qu’elle a vite relevée, d’elle-même, un peu plus haut qu’avant encore. La mère Mac Miche est allée décrocher de son clou, près du tableau, la grande règle de bois plate. Elle est revenue derrière nous. Elle me l’a passée lentement sur les fesses. Tout du long. Dans la raie entre les fesses. Sur tout le pourtour. En prenant bien son temps…
- T’y as déjà goûté à ça ?… Non ?… Tu vas voir… C’est très… Comment dire ?… Convaincant… Ca te vous fait passer l’envie de se faire remarquer en deux temps trois mouvements… Tu vas m’en dire des nouvelles… Là… Tu es prête ?
Je me suis crispée dans l’attente du premier coup. Qu’elle a fait indéfiniment attendre. Qui n’est pas venu...
- Non… Finalement on va commencer par l’autre plutôt… Je n’aime pas du tout ce petit air de se ficher du monde qu’elle arbore en permanence… On va te le rabattre ton caquet, petite mijorée… Quand tu te seras époumonée dix minutes en gigotant du popotin tout ton saoul je peux t’assurer que tu feras moins la fière…
Elle lui a longtemps promené la règle sur le derrière comme à moi et puis, sans que rien puisse le laisser prévoir elle l’a brusquement jetée au pied du bureau…
- Reculottez-vous !… Et retournez vous asseoir…
On n’a pas demandé notre reste…
- Pour cette fois ça n’ira pas plus loin… Pour cette fois… C’était juste un échantillon de ce qui vous attend – toutes – si j’ai quoi que ce soit à vous reprocher… Que vous ne puissiez pas dire que je vous ai prises en traître… Vous savez désormais à quoi vous en tenir et vous voudrez bien noter que je me montrerai dorénavant inflexible... Des questions ?… Non ?… Tout est clair ?… Pour tout le monde ?… Parfait… Alors maintenant au travail…

Les deux assistantes du cuisinier, 19 et 23 ans, – qui sont employées et non pas pensionnaires – ont passé l’après-midi à nous interroger Basile et moi dans la réserve – que le chef nous avait demandé de remettre en ordre – en échangeant des regards entendus et des sourires complices…
- C’est vrai ce qu’on dit ?
- Qu’est-ce qu’on dit ?
- Que vous êtes tous des repris de justice là-dedans… Qu’on vous a laissé sortir de prison uniquement parce que vous avez accepté de venir travailler ici et d’être fouettés quand les chefs sont pas contents de vous…
- Jamais de la vie !…
Et il a fallu expliquer – tenté d’expliquer – qu’on n’avait assassiné ni volé personne, qu’on était toutes et tous volontaires et que…
- On vous croit pas !… A moins d’être cinglé personne peut accepter d’être battu exprès… Surtout à votre âge… Parce que quel âge vous avez tous les deux ?… Au moins 40 ans !… Si c’est pas plus…

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