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lundi 22 février 2010

Colocataires2 ( 3 )

- Je vous ai attendu hier soir… Vous deviez venir… Vous m’aviez promis…
- Oui, Mélissa… Je sais, oui… J’ai eu un empêchement de dernière minute…
- Un empêchement qui s’appelle Mélianne… Je l’ai vue… Juste avant qu’elle passe chez vous…
- Ecoute, si…
Je vous demande rien… J’exige rien… Vous n’avez rien à justifier… La seule chose importante pour moi, c’est de vous avoir un peu à moi… De temps en temps… Je n’ai envie que de vous… Et de personne d’autre… Mais quand même vous auriez pu prévenir… Ca vous aurait coûté quoi ?…
- Je suis désolé… Excuse-moi !…
- De toute façon dès qu’il y a Mélianne quelque part il y a plus rien d’autre qui compte pour vous… Il y a longtemps que j’ai compris que vous êtes amoureux d’elle… Et que c’est sans doute la seule dont vous ayez jamais été vraiment amoureux…
- Mais jamais de la vie !… Qu’est-ce que tu vas chercher ?…
- Vous avez passé une bonne soirée au moins ?… Vous avez fait quoi ?… Non, me dites pas !… Laissez-moi deviner… Vous l’avez emmenée au restaurant… Evidemment !… Et elle en a profité pour vous faire ses confidences… Réelles ou supposées… Elle sait bien comment il faut vous prendre depuis le temps… Et ce que vous avez envie qu’on vous raconte… Elle a parlé de revenir s’installer chez vous ?…
- Pas le moins du monde…
- Ca ne saurait tarder…
- Je ne crois pas, non… Il y a Peter…
- Oui, oh, Peter !… Ce qui l’a amusée, c’est de le piquer à sa femme… Ce qui l’amuse maintenant, c’est de jouer à la dadame de médecin… Mais ça va pas durer… Il y a jamais rien qui dure avec elle… Sauf avec vous apparemment !… Bon, mais on s’en fout d’elle… Prenez-moi dans vos bras… Câlinez-moi !… J’en ai envie… J’en ai besoin…

- Je reste pas… Je passe juste… Pour vous raconter vite fait… Parce que vous savez pas ce qu’il m’a fait Peter quand je suis rentrée de chez vous l’autre matin ?… Il déjeunait en bas dans la cuisine… Il m’a accueillie d’un… « - Alors ?… Bien baisé ?… »… Sans me démonter je lui ai répondu sur le même ton… « - Super !… J’en ai vraiment pris plein le cul… »… Et lui aussi sec… « - Ah ben tant mieux !… Tant mieux !… Je suis ravi pour toi… Mais tu pourrais raconter quand même quand c’est comme ça… Que j’en profite un peu moi aussi… » Et puis il a levé les yeux sur la pendule avec un soupir… « - Mais ce sera pour une autre fois… Mes patients m’attendent… »… D’où j’en conclus que ça l’excite tant et plus que je le fasse cocu… Ce qui m’étonne pas vraiment d’ailleurs, passé partout… Le connaissant, j’aurais dû m’en douter… Tordu comme il est… Oh, mais s’il y a que ça pour lui faire plaisir, vous inquiétez pas qu’il va l’être cocu… Et qu’aucune porte sera assez haute pour qu’il puisse y passer sans s’y cogner les cornes…

« Vous écrire ?… J’ai longtemps hésité. Résisté. Je résiste encore. Je sais trop bien ce que ça va donner. Que je commence et je vais y consacrer mes journées. Ne plus penser qu’à ça. Ne plus vivre qu’à travers ça. Une façon d’être là-bas, avec vous, tout en restant ici. Ce n’est pas que j’y sois malheureuse, non. Mais je n’y suis pas heureuse non plus. J’ai pourtant tout pour ça. Je n’ai rien à faire. J’occupe mes journées comme je l’entends. Sauf que je n’ai rien – ou pas grand chose – à mettre dedans. Ce n’est pas que je m’ennuie. Même pas. Je trouve toujours de quoi me distraire. Mais est-ce qu’on peut vivre uniquement de distraction ?… Sans but. Sans quelque chose qui donne envie de se lever le matin. D’y consacrer passionnément toute son énergie. Je n’ai pas – tout simplement – de vraie raison de vivre. De celles qui font qu’on agit sans avoir à se poser de questions… Lui ?… Je n’ai rien à lui reprocher. Il est aux petits soins pour moi. Il ne sait pas quoi inventer pour me faire plaisir. Est-ce que je l’aime ?… Je préfère éviter de me poser la question. C’est déjà une réponse, non ?… Est-ce qu’il est – comme il l’était là-bas – l’objet de sollicitations féminines constantes ?… J’aime mieux faire l’autruche. Si c’est le cas, je saurai bien assez tôt. Et ce sera forcément le cas. Ca l’est probablement déjà. Parce qu’il ne sait pas les décourager. Leur montrer, d’emblée, qu’elles n’ont pas la moindre chance. Il entretient l’ambiguïté. Et quand on entretient l’ambiguïté on finit toujours par se retrouver dans des situations impossibles. Sans doute – bien qu’il s’en défende – cela lui convient-il. Je suis sans illusions : les mêmes causes produisant les mêmes effets, il ne va pas tarder à disposer d’une cour d’admiratrices prêtes à tout pour décrocher le jackpot. Et moi là-dedans ?… Me battre pour le garder ?… Tout en sachant que si j’y parviens il me faudra recommencer la semaine suivante. Parce qu’il y en aura une autre. Et celle d’après. Et encore celle d’après. A l’infini. Ca démoraliserait n’importe qui. Et à part baisser les bras et prendre la fuite… Mais je n’en suis pas encore là. Vous savez ce qui me manquerait le plus si je devais le quitter ?… Oui, vous savez… Je suis sûre que vous avez deviné… C’est la fessée. Parce qu’il est orfèvre en la matière. Un peu comme vous. Dans un registre différent. Je ne parle pas de sa façon de la donner. Même s’il sait remarquablement la doser. L’accentuer graduellement. Non. C’est surtout dans l’art de trouver des motifs pour me la donner qu’il est passé maître. De me faire me sentir fautive. De m’amener à désirer ardemment être punie. J’y éprouve un bonheur !… Un bonheur qui m’effraie. Parce qu’aucun autre ne me semble pouvoir rivaliser avec lui. Est-ce que je suis « condamnée » à ce que, pour moi, il n’y ait plus désormais que ce bonheur-là qui en soit un ?… Peut-être. Et vous en êtes en partie responsable. Mais je ne vous en veux pas. Je vous embrasse. Victorine. »

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