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jeudi 19 mars 2009

La classe des filles ( 18ème jour )

- Tu te lèves pas ?

C’était Trianne, penchée sur moi…

- Hein ?… Tu te lèves pas ?… Tu vas être en retard…

- Je suis crevée… J’ai pas fermé l’œil de la nuit…

- Va à l’infirmerie… Tu pourras dormir… Tu veux qu’on t’emmène ?

Elle n’ont pas attendu ma réponse. On m’a soulevée, entraînée, tirée, portée, fait monter, redescendre pour finalement me déposer, dans l’obscurité, sur un lit aux draps délicieusement frais. Je m’y suis aussitôt rendormie…




C’est la voix sèche de l’infirmière, une femme d’âge canonique, qui m’a – définitivement cette fois – extirpée du sommeil…

- Qu’est-ce qu’elle fait là, celle-là ?… D’où elle sort ?

Elle était en train de tirer les rideaux. La lumière m’a éblouie. Fait cligner des yeux. Il y avait trois autres lits dans la pièce, tous les trois occupés. Par des types. Qui se sont étirés. Qui ont baîllé. Qui ont murmuré un vague « Salut ! »… C’était les trois garçons – ils ont une trentaine d’années – qui se tiennent toujours à l’écart des autres dans la cour et qui n’adressent pratiquement la parole à personne… « On dirait qu’ils sont là par erreur » disaient les filles, intriguées, au début. Avant de se désintéresser complètement d’eux…

- Encore une qui veut tirer au flanc, c’est ça ?… Je vais t’en faire passer l’envie, moi, ma petite, tu vas voir !… T’as mal où ?

- Nulle part… Mais je me sens vraiment pas bien… Epuisée… Vidée… J’ai plus de ressort…

- Oui… Eh bien faut commencer par te secouer… C’est pas en t’apitoyant à longueur de journée sur ton sort que ça va arranger les choses…

Elle m’a posé la main sur le front, l’y a laissée quelques secondes…

- En tout cas t’as pas de fièvre…

Elle a tiré draps et couvertures jusqu’au pied du lit…

- Retire-moi ça !…

Ca, c’était ma chemise de nuit…

- Eh bien ?!… Tu attends quoi ?… Le déluge ?… Oh la la !… Ma pauvre petite !… Ils vont pas en perdre la vue… Et c’est sûrement pas la première fois que… Allez, dépêche-toi !… Ne fais pas l’enfant… Là… C’est bien… Tu vois que tu peux être une grande fille raisonnable quand tu veux…

Elle m’a palpé le ventre longuement, consciencieusement, sur toute la surface…

- Il y a rien… Absolument rien !… Assieds-toi !… Tu as quel âge ?

- 42…

- Ils tiennent bien encore !… Des vrais seins de jeune fille… Allonge-toi maintenant !… Mets-toi sur le ventre… T’en as pris une belle, dis donc !… Et au martinet !… Il y a pas longtemps… Faut croire que tu fais partie de ces quelques fortes têtes qui ne savent pas quoi inventer pour se faire remarquer ici…

Elle m’a tapotée, de la phalange, tout au long du dos…

- Il y a rien… Absolument rien… Je vais quand même te garder un jour ou deux en observation. Par précaution. Mais arrête de t’écouter avec complaisance: tu te sentiras beaucoup mieux, tu verras… En attendant tu vas aller prendre une douche… Ca te dégourdira… Lionel va t’accompagner…




- Viens, c’est par là !…

Un couloir. Un coude. Encore un morceau de couloir. Il a ouvert une porte, m’a laissé passer, est entré derrière moi, a refermé…

- Oui, ben c’est bon maintenant !… Merci… Je vais me débrouiller toute seule…

- J’ai pas le droit… Faut que je reste… C’est le réglement… A l’infirmerie on laisse jamais personne tout seul sous la douche… A cause que si il y aurait un malaise faut pouvoir intervenir tout de suite… De toute façon ça fait un quart d’heure que je te vois à poil… Alors un peu plus un peu moins…

Il s’est tranquillement adossé à la porte…

- C’est vrai – elle a raison – t’en as pris une bonne… Qu’est-ce que t’avais fait ?… Oh, t’es pas obligée de répondre si tu veux pas, hein !… Moi, ce que j’en dis c’est surtout histoire de causer pendant que tu te laves… Parce que j’en ai strictement rien à foutre… C’est drôle cette manie qu’ils ont les gens de faire semblant de s’intéresser à ce qui leur arrive aux autres. En réalité chacun s’intéresse qu’à soi… T’es pas de mon avis ?… Ben dis donc t’es pas très bavarde, toi !… T’es toujours comme ça ou c’est juste avec moi ?

Il s’est tu quelques instants…

- J’aime bien ta chatte… Si, c’est vrai… J’aime bien quand elles se ferment complètement comme ça, que t’as juste la fente… Parce que quand ça déborde de partout, que t’as l’impression que ça dégouline, moi, c’est pas mon truc… Mais chacun ses goûts, hein !… Ah, ça y est ?!… T’as fini ?…




Il m’a ramenée…

- Bon, ben à mon tour maintenant !… Faut qu’il y en ait un qui m’accompagne, les gars… Tu viens, Martial ?

Le troisième s’est assis précautionneusement sur le bord de mon lit…

- Qui c’est qui t’a dit de venir ici, à l’infirmerie ?

- Les filles dans le box, ce matin !… Pourquoi ?

- Non… Comme ça… Et Noémie, elle est aussi dans ton box ?

- Non… Dans celui d’en face…

- Tu la connais bien ?

- Assez, oui !… Mais c’est quoi toutes ces questions ?

- C’est rien… C’est juste pour savoir…




Noëlle est passée en tout début d’après-midi…

- Je te dérange pas ?… Je veux pas te déranger…

- Mais bien sûr que non…

- Tu es malade ?… C’est pas grave au moins ?… Tu me le dirais, hein ?

- Mais non, c’est rien du tout… Un peu de fatigue… J’ai perdu l’habitude de me lever si tôt…

Elle m’a pris timidement la main. Je la lui ai laissée. Elle l’a serrée. Ses yeux se sont embrumés de bonheur. Elle a été sur le point de dire quelque chose, s’est retenue… Est brusquement devenue volubile…

- T’as pas perdu grand chose, tu sais… En Maths ça a été comme les autres fois… Sans aucun intérêt… Il y a quelque chose qu’il a pas compris… Ou alors c’est nous… Pour le reste le train-train… Il s’est rien passé… Rien qui vaille la peine… On s’emmerderait presque il y a des jours…

Elle a baissé la voix… Regardé ailleurs…

- De toute façon, moi, quand t’es pas là il y a plus rien qui m’intéresse…

Je me suis levée…

- On va faire un tour dans le couloir ?… Ca me dégourdira les jambes…

Quelques pas. Je l’ai attirée contre moi. J’ai posé mes lèvres sur les siennes. Elle m’a enveloppée de ses bras. On s’est longuement embrassées…

- Merci… Oh, merci…

Et elle s’est enfuie…

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