jeudi 28 novembre 2013

La passion de Madame la Directrice ( 12 )



– « Je vais peut-être – sûrement même – vous surprendre, Oteka, mais ma décision est prise… Je vais vous rencontrer… Et sans tarder… Pourquoi ? Parce que je sais que, de toute façon, je vais finir par le faire… Alors tergiverser pendant des semaines et des semaines ? Faire semblant d’hésiter ? S’embarrasser de tout un tas de scrupules pour se donner bonne conscience ? Pour en arriver, au bout du compte, là où de toute évidence j’irai ? Ça ne présente strictement aucun intérêt… Donc… Eh bien donc, dimanche prochain, sur le coup de cinq heures de l’après-midi, je vous attendrai, à Paris, dans un café dont je vous donnerai l’adresse dès que je l’aurai choisi… Nous ferons connaissance… Et après… ce sera selon… »
– Ce sera pas selon du tout… Ce sera comme nous on l’a décidé… C’est nous qui sommes en position de force… Pas elle… J’espère que tu le lui feras bien sentir… Et que tu la ménageras pas… Qu’elle pourra pas s’asseoir d’un moment…
– Tu verras bien… T’entendras… Puisque tu seras derrière la porte…
– Non… Finalement, non… Je crois pas que ce soit la meilleure solution… C’est lui donner beaucoup trop tôt la clef de l’énigme… Faut la laisser mijoter dans son jus… Se torturer les méninges… Le moment venu j’interviendrai…



– Alors ?
– Eh bien alors elle était là… Elle m’a regardé approcher, en tournant sa cuillère dans sa tasse, sans avoir l’air, du moins en apparence, le moins du monde surprise… Comme si c’était réellement moi qu’elle attendait…
– Ça m’étonne pas… C’est bien son style…
– « Ben assieds-toi ! » Ce que j’avais entrepris de faire sans attendre qu’elle me le propose… « Alors ? Je t’écoute… » « Moi aussi ! » Le silence… Elle continait imperturbablement à tourner sa cuillère dans sa tasse… Et puis : « Bon, alors maintenant tu vas me dire : Qui il y a derrière tout ça ? Parce que c’est,à l’évidence, un coup monté… Tu savais pertinemment qui j’étais… Et dès le début… Quand tu as commencé à dialoguer avec moi… Qui t’a manipulé ? Qui m’en veut à ce point-là ? » « Comme si vous le saviez pas ! » « Si je te le demande… » « C’est que vous avez l’embarras du choix : il y a tellement de gens qui vous en veulent… « Je te conseille de le prendre sur un autre ton… » « Sinon ? » « Bon, écoute, on va pas se mettre sur ce pied-là… J’ignore pourquoi et qui, mais quelqu’un t’a soudoyé pour se venger de moi… Alors tu sais ce que tu vas faire ? Tu vas bien gentiment rentrer chez toi et oublier tout ça… Le chantage avec moi ça marche pas… » « Vous prenez des risques… De très gros riques… » « Je ne te conseille pas de divulguer notre correspondance… Ça te coûterait les yeux de la tête… Il y a des tribunaux… » « S’il s’agissait que de notre correspondance… » « Il s’agit de quoi alors ? » « J’en sais rien… On m’a pas fait vraiment de confidences… Mais il paraît que vous, vous le savez très bien… Et que c’est une sacrée épée de Damoclès que vous avez suspendue au-dessus de la tête… » Elle s’est perdue dans ses pensées… A fait, l’une après l’autre, craquer ses phalanges… « C’est pas vrai qu’ils sont allés déterrer cette vieille histoire… »
– Bien joué, mon petit Baptiste… Bien joué… Elle s’est vendue toute seule… Mais ça j’en aurais mis ma main au feu qu’il y avait des trucs pas très nets qui traînaient dans son passé… Et du lourd ! Tu vois que j’ai eu le nez fin de pas entrer en scène tout de suite… Bon, mais après ? Continue !
– Après ? Elle a voulu savoir… On m’avait contacté comment ? Qui ? Et j’y gagnais quoi, moi, là-dedans ? « Je peux rien dire… » « Oui, ben c’est ce qu’on va voir… » C’était tout vu… Moi, mon rôle consistait à lui flanquer une bonne fessée déculottée… Et c’est ce que j’allais faire… Le reste ne me regardait pas… « Tu sais au moins pourquoi c’est toi qu’on a choisi ? » « On tenait, si j’ai bien compris, à ce que ce soit quelqu’un qui soit, à la fois, sous vos ordres au quotidien et beaucoup plus jeune que vous… » « Ils sont ignobles, mais ça, je suis payée pour le savoir ! Bon, mais écoute, tu sais pas ce qu’on va faire ? Tu vas rentrer bien gentiment chez toi… Et s’ils te recontactent tu leur diras que c’est fait… Que j’en suis passée par où ils ont voulu… Et puis voilà… » « Il n’en est pas question… » « Mais si ! Tu vas faire bien gentiment ce que je te dis… Et garder sur tout ça le plus absolu des silences… Si tu ne veux pas aller au-devant de très graves ennuis… » « S’il y a quelqu’un ici qui s’expose à de graves ennuis, Madame la Directrice… Au cas où, bien entendu, où vous continueriez à me refuser le plaisir de fesser votre charmant petit derrière… » « C’est pas possible d’être obstiné comme ça ! » « Une parole donnée, pour moi, c’est sacré… » « J’aurai vraiment tout entendu… Tout ! » « Bon, mais vous décidez quoi ? On va pas tourner en rond comme ça pendant des heures… » « Je te l’ai dit… » « Dans ces conditions… » Et je me suis levé… « Tu vas où ? » « Les appeler… Les mettre au courant… Je leur ai promis… » « Non, attends ! Rassieds-toi ! »

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