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jeudi 2 juin 2016

Escobarines: Machination

Elle était attablée, toute seule, devant son steak frites.
– Salut ! C’est bien toi, Cynthia ?
– C’est moi, oui. Pourquoi ?
J’ai tiré une chaise. Me suis installée, d’autorité, en face d’elle.
– Alors comme ça, tu me fais cocue ?
– Hein ? Quoi ? Non, mais ça va pas ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
– Te fatigue pas ! Je sais tout. Et j’ai des preuves. Matérielles, comme ils disent les avocats. Oh, mais rassure-toi ! J’en fais pas une maladie. J’ai l’habitude. T’es pas la première et t’es pas la dernière. Dès qu’il y a une meuf qui passe à portée de braguette, Chris, c’est plus fort que lui, il faut qu’il aille y tremper sa queue. Ben, t’en fais une tête ! Qu’est-ce qu’il y a ? Ah, je vois… Il t’a fait la grande scène du trois. Que t’es la femme de sa vie… Qu’il va divorcer pour toi… C’est ça, hein ?
– Mais non, mais…
– Oui, ben je te rassure tout de suite : en ce moment, à part toi, il y en a deux autres. Une Morgane et une Clémence. Alors j’ai pas de conseil à te donner, mais moi, à ta place, je me contenterais de me faire tirer sans trop me bercer d’illusions. Surtout que, faut dire ce qui y est, il baise bien. Oui, hein ? C’est pas parce que c’est mon mari, mais il assure ! Et le tien de mari ? S’il apprenait que t’as un amant, il en dirait quoi ? Il apprécierait pas du tout à ce qu’il paraît. Tu prendrais la porte avec armes et bagages, oui ! Ce qui te compliquerait singulièrement l’existence. Et c’est pas que je veuille te saper le moral, mais il risque de l’apprendre…
– Comment ça ?
– Je vais lui dire…
– Hein ? Mais c’est…
– Dégueulasse ? Alors toi, tu manques pas d’air ! Tu te tapes mon mari… Tu t’es même mis en tête de carrément me le souffler et c’est moi qui suis dégueulasse ! Vaut mieux entendre ça que d’être sourd ! Bon, mais tu sais pas ? On va jouer franc jeu toutes les deux. Que tu te fasses sauter par Chris, j’en ai strictement rien à battre. Quand il y en a pour une, il y en a pour deux et même, dans le cas qui nous occupe, pour toute une multitude. Je suis bonne fille. Je suis prêteuse. À condition qu’on m’offre, en échange, quelques dédommagements. C’est la moindre des choses, non ?
– Des dédommagements ? Quels dédommagements ?
– Mon truc à moi, c’est la fessée. Faire rougir un petit derrière à découvert, j’adore !
– Non, mais vous êtes complètement barrée dans votre tête, vous, hein !
– Question de point de vue…
– Oui, ben comptez pas sur moi pour un truc pareil. Alors là !
– Je n’oblige personne !
– Encore heureux !
– Mais enfin, pour info, j’ai fait la connaissance de ton mari. Au club rando. Où je me suis inscrite le mois dernier. On a sympathisé tous les deux. Et on discute. On discute énormément. Et franchement, quand je pense à la paire de cornes qu’il porte, le pauvre homme ! Ça me fend le cœur. Ça me fend littéralement le cœur. Non, je crois qu’un jour ou l’autre, je vais être obligée de tout lui déballer. Ce sera plus fort que moi. Je pourrai pas m’empêcher. À moins que…
Elle m’a fusillée du regard, s’est levée sans un mot.

Le surlendemain, c’est elle qui est venue me trouver. À ma table.
– Écoutez…
– Tu as réfléchi, c’est ça, hein ?
– Il est absolument hors de question que mon mari soit au courant.
– Dans ces conditions… Il y a un petit hôtel juste à côté. Je t’y attendrai ce soir. À six heures.
– Ce soir !
– Ben oui ! Oui ! Le plus tôt sera le mieux.

Elle y était.
– Il y a vraiment pas moyen de…
– Il y a moyen de rien du tout, non ! Allez, mets-nous vite ce petit cul à l’air ! Et serre les dents !

Chris m’attendait…
– Alors ?
– Alors ça y est ! Bien rouge je lui ai mis. Sur toute la surface. Comme tu aimes.
– Je t’adore.
– Va vite ! Va vite la rejoindre ! La fais pas attendre ! Et profites-en bien !
– Je suis curieux de savoir ce qu’elle va me servir comme explication.
– Ah, ça, moi aussi ! Tu me diras… Allez, file ! Laisse pas refroidir !

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