lundi 7 février 2011

Belle-soeur, beau-frère ( 5 )





- Ca devient une véritable tradition notre petite promenade digestive sur la jetée en sortant du resto… J’aime bien… Je pourrais plus m’en passer, je crois…
- Dis-moi… Je voudrais te demander… Tu parlais sérieusement tout à l’heure ?…
- Je t’ai choqué ?…
- Oh non, non, pas du tout… Seulement un peu surpris…
- L’un de mes défauts – ou l’une de mes qualités… tout est question de point de vue – c’est d’être très directe… On aime ou on n’aime pas… Et… je voudrais pas en rajouter une couche, mais j’avoue que les quelques jours qu’on a passés ici tous les deux ont été enchanteurs pour moi… Il y a longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi bien… Il n’y manquait qu’une chose… Une chose dont je suis privée depuis de trop longs mois… Une chose dont tu es, toi aussi, manifestement trop souvent privé… Une chose dont – j’en suis convaincue – nous aurions tort de continuer à nous priver… Mais tu ne réagis peut-être pas, tu ne raisonnes peut-être pas, tu ne ressens peut-être pas comme moi… Je le comprendrais parfaitement… Dans ce cas tu oublies… Mettons que je n’ai rien dit…
- Mais je n’ai pas du tout envie d’oublier… Je n’ai pas du tout envie que tu n’aies rien dit…
Nos mains se sont cherchées, trouvées… On s’est souri… Et on a cheminé, flanc contre flanc…

Tout au bout, à côté du phare, je l’ai prise contre moi. Nos lèvres se sont effleurées, jointes. Son portable a sonné…
- C’est Paul… Allo… Oui… Oui… Très bien… D’accord… Oui… Non… Non… A tout de suite…
Elle a raccroché…
- Ils arrivent… Dans moins d’une heure ils sont là…
- Hein ?… Mais demain elle m’avait dit… Demain au plus tôt…
- Ils auront changé d’avis…
- On a un pot, mais un pot !…
- En attendant on a intérêt à se dépêcher d’aller mettre un peu d’ordre… Parce que qu’est-ce que je vais pas entendre sinon !…

- Figure-toi… Tu m’écoutes ?… Figure-toi qu’avec Philippe on a eu une idée de génie… De génie, oui, n’ayons pas peur des mots !… Comme quoi ça sert ces petites réunions de famille… En plus d’être très agréable… Il y en a qui ont beau les dénigrer… Je parle pas pour toi évidemment… Oui… Tu sais quoi ?… Je te le donne en mille… Eh bien on va en organiser… pour les autres… Parce que des gens qui souhaiteraient se rencontrer comme nous on le fait il y en a des quantités… Surtout aujourd’hui où tout un chacun a besoin de retrouver ses racines… De se ressourcer aux vraies valeurs… Seulement tout le monde ne dispose pas toujours d’un lieu adéquat… Nous, on l’a… Magnifique… Somptueux… Et inoccupé pratiquement toute l’année…On peut y loger une centaine de personnes au bas mot… Autant en faire profiter autrui… Contre coquette rémunération cela va sans dire… Mais ce n’est pas tout… Parce qu’on va aussi oeuvrer en amont… Il y a des familles éparpillées dont les membres n’ont seulement jamais songé à se recontacter… Mais qui seraient pourtant ravis si cela se faisait… Notre rôle va justement consister à les retrouver – avec Internet ce sera un jeu d’enfant – et à leur donner l’idée et l’opportunité de restaurer les liens distendus… Bon… Mais je te montrerai tout ça… En détail… Pour le moment faudrait peut-être qu’on aille retrouver nos femmes… Elles doivent nous attendre…
Emilie dormait profondément…

Elle dormait encore quand je me suis levé. Zélia et Paul étaient attablés devant l’ordinateur portable…
- Là, c’est Basile… Tu le connais pas Basile… Tu peux pas le connaître… C’est un cousin d’Alice… Eloigné certes, mais un cousin quand même… Si tu regardes l’arbre généalogique il fait partie de la famille, c’est incontestable… Ca se discute même pas… Là, c’est Adrien… Mais si !… Je t’en ai parlé d’Adrien… C’est celui qui était resté coincé toute une matinée dans un ascenseur à Lille il y a deux ans… Et là c’est quand on est montés à Notre-Dame de La Chatâigneraie… C’est toujours aussi émouvant… Même tant d’années après… Jean y a dit la messe… C’était d’une intensité !…

- Eh bien raconte !… Epluche-moi les patates et raconte tant qu’on n’est que tous les deux…
- Raconter… Mais raconter quoi ?
- Eh bien comment ça s’est passé avec elle… Parce que j’imagine que ça a pas dû être rose tous les jours… Qu’elle a démultiplié les caprices comme à son habitude… Elle est imbuvable… Proprement imbuvable… Là-dessus tout le monde est d’accord… Sauf Paul qui la porte tant et plus aux nues… Quand on dit que l’amour rend aveugle !… Le problème, c’est qu’il commence à se rendre compte qu’elle passe mal, très très mal dans la famille et qu’il en souffre… Il ne m’a pratiquement parlé que de ça pendant tout le voyage… Et il m’a fait de la peine… Beaucoup de peine… Je t’assure que c’était poignant par moments de l’entendre… Mais que veux-tu que j’y fasse ?… Mamie est remontée contre elle comme une horloge… Quant aux autres, c’est guère mieux… Faut voir comment ils parlent d’elle… Si seulement elle s’était efforcée, de son côté, d’arrondir un minimum les angles… Mais non… A croire qu’elle prenait un malin plaisir à les monter contre elle… Maintenant la seule chose que nous puissions faire, toi et moi, à notre petit niveau à nous, pendant les quelques jours que nous allons passer avec elle ici, c’est de la supporter… De notre mieux… Et je te demande, quoi qu’il t’en coûte, de faire des efforts, de prendre sur toi, de te montrer aussi aimable que tu pourras… Ce ne sera pas facile, oui, je sais, mais je te le demande… Pas pour elle… Non… Je m’en fiche d’elle… Complètement… Non… Pour lui… Pour Paul…

2 commentaires:

  1. Aie aie aie... Sauvés ou perdus par le gong...
    En même temps... quelles relations alambiquées !
    Ils sont vraiment compliqués dans cette famille.

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  2. Ce n'est peut-être que partie remise...??

    Dès l'instant où Zelia n'était pas accepté, dès l'instant où la famille-noyau a tendance à se replier sur elle-même et à rejeter tout ce qui vient de l'extérieur ça ne peut, je crois, que rendre les choses compliquées...

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