lundi 9 mai 2016

La clef USB (8)

Une fessée ? Et puis quoi encore ? Il y avait des limites, hein, quand même ! Et c’était pas parce que… J’allais y aller, oui, mais pas question de me laisser faire. Ah, non alors ! Sûrement pas ! Non ! On allait s’expliquer. Une bonne fois pour toutes. Entre quatre-z-yeux…
Il m’attendait sur le pas de la porte.
– Tu n’as pas traîné en route, dis donc ! Mais ça, j’en étais sûr…
– Oui, bon, écoute, Antoine…
– Tu as apporté la vidéo ?
– La vidéo ? Quelle vidéo ?
– Tu sais bien ce qu’on avait dit… Que pour chaque vidéo qu’on aurait visionnée ensemble tu devrais en apporter une autre… Une toute neuve…
– J’y ai pas pensé… J’ai oublié… N’importe comment je ne… Non, mais écoute, Antoine…
– Tu en prends décidément de plus en plus à ton aise… Tu fais tout en dépit du bon sens… À croire que tu ne te rends pas vraiment compte de la situation dans laquelle tu te trouves…
– Mais si, je m’en rends compte, si !
– Eh bien alors ! Je la veux demain sans faute cette vidéo sinon… Sinon tu vas courir de très gros risques. Est-ce que c’est bien compris ?
– Oui. Seulement…
– Est-ce que c’est bien compris ?
– Tu l’auras, Antoine, tu l’auras…
– Bien ! Maintenant passons aux choses sérieuses… La fessée ! C’est ça que tu es venue chercher, non ? Alors je vais pas te faire languir plus longtemps… Allez, déshabille-toi !
– Ah, non ! Alors ça, non, Antoine !
– Non ? Ah, parce que tu préfères que ce soit moi qui te déculotte ? C’est ça ? Oh, mais il y a pas de problème…
– Je préfère rien du tout ! Je…
– Écoute, Christina… Ton anatomie je peux la contempler tant et plus chaque fois que j’en ai envie. Il me suffit pour ça d’allumer mon ordinateur. Alors je vois vraiment pas pourquoi tu fais tant d’histoires… Un peu plus un peu moins…
– Mais c’est pas la question enfin !
– Ah ! Et c’est quoi la question ?
– C’est que… Une fessée, Antoine, une fessée ! Tu te rends pas compte…
– Si, je me rends compte, si ! Fallait pas la mériter…
– Ça, c’est ton point de vue…
– Oui, oh, je te vois venir. Tu vas encore te mettre à discutailler et à ergoter à n’en plus finir. Et tout ça pour quoi ? Pour rien ! Parce que tu sais très bien que tu n’as pas le choix et qu’à l’arrivée tu l’auras de toute façon cette fessée… Que tu ne pourras pas t’y soustraire et qu’elle sera d’autant plus sévère que tu auras voulu batailler longtemps. Alors moi, à ta place, je ne ferais pas tant d’histoires… Je m’y résoudrais de bonne grâce… Non, la seule vraie question en fait, c’est de savoir si tu vas te dépiauter toi-même ou si c’est moi qui vais me charger de le faire…
Il avait raison… C’en était exaspérant… Une fois de plus il avait raison… J’en étais réduite à capituler sans conditions. Mais que ce soit lui qui me déshabille ? Alors ça, non ! Non ! Et j’ai rageusement envoyé balader jupe et culotte sur son fauteuil devant la télé… Là… Voilà !
– Le reste aussi, va ! Tant que tu y es !
Je n’ai pas cherché à discuter… De toute façon…
– Eh ben voilà ! Tu vois quand tu veux ! C’est pas si compliqué que ça, avoue ! Bon, mais allez, action !
Il s’est assis… M’a fait signe de venir prendre place en travers de ses genoux… M’a installée…
– Tu es bien là ? Confortable ? Non, parce que ça risque d’être long…

jeudi 5 mai 2016

Escobarines: le valet (2)

Ils boivent. Tous les deux. À petites gorgées lentes.
– Non, mais franchement – entre nous – qu’est-ce qui a bien pu vous passer par la tête ? Vous êtes financièrement à l’aise… Votre mari occupe une situation en vue… Vous êtes une femme respectable… Insoupçonnable… On vous confie en toute confiance la trésorerie d’une importante association charitable… Et vous vous servez allègrement dans la caisse… Ce n’est pas par nécessité… Alors ? C’est quoi ? Le plaisir de jouer avec le feu ? De tenter le diable ? De rouler tout le monde dans la farine ? D’être finalement une autre que celle que tout le monde croit que vous êtes ?
Par la fenêtre un avion – point brillant – dessine une longue ligne blanche. Il n’insiste pas. Il se lève, se dirige vers les étagères de bois doré contre la cloison. Il lui tourne le dos. La musique s’élance, emplit la pièce…
– Liszt…
– Liszt, oui !
– Il était au programme du conservatoire l’année où…
– Où ?
– Non… Rien…
Liszt. Jusqu’au bout.
– Venez !
Une autre pièce. Aussi claire et spacieuse que la première. Il soulève le couvercle du piano, avance le tabouret, l’invite à prendre place.
– Il y a si longtemps… Je ne sais plus… Je ne saurai plus…
Elle enfonce une touche. Une autre. D’autres. Une à une. En pluie. Ses mains se font pressantes, insistantes sur ses épaules, la forcent à s’asseoir. Il ouvre la partition devant elle. Dans ses doigts ce sont exactement les mêmes fourmillements qu’avant. La même envie. Le même désir. Une première tentative presque aussitôt abandonnée. Une seconde. Et tout revient d’un coup. Léger. Fluide. Évident. Le même plaisir. Le même bonheur. Ils se sourient.

Il sonne encore Jeanne.
– Clarisse est là ?
– Oui, Monsieur…
– Alors envoyez-la-moi !
– Tout de suite, monsieur…
C’est une jeune fille d’une vingtaine d’années qui arrive en traînant les pieds et en mâchouillant un chewing-gum.
– C’est quoi que vous me voulez ?
Elle éclate d’un petit rire goguenard.
– Oh, l’autre ! Qu’est-ce qu’elle fout à poil ?
Son attitude insolente, son langage négligé qui contrastent fortement avec le style ouaté et distingué de la maison semblent beaucoup amuser Monsieur.
– Ça te dirait, Clarisse ?
– Ça me dirait de quoi ?
– De te faire la main sur le derrière de Madame…
– Sur son cul à elle, là ? À c’te bourge ? Tu parles que ça me dirait !
– Eh bien allez, alors ! À toi de jouer…
Son regard s’illumine.
– C’est vrai ? Je peux ? C’est pas une blague ?
– C’est tout ce qu’il y a de plus sérieux…
– Oui, oh, ben alors là je peux vous dire qu’elle va ramasser… Et quelque chose de bien !
Il sourit d’attendrissement.
Elle ne proteste pas. À quoi bon ? Ce serait peine perdue, elle le sait. Il ne se laissera pas apitoyer. Elle n’a pas le choix : il lui faudra boire le calice jusqu’à la lie.
– À nous deux, ma belle !
La fille la pousse, avec rudesse, contre le mur. L’angle du mur. S’éloigne. Dans son dos il y a des chuchotements. Des rires étouffés. Qui durent. Qui s’éternisent.
Elle revient. Elle est revenue. Sa main se pose au creux de sa nuque, y séjourne quelques secondes et puis descend. Elle suit, du bout du doigt, la ligne du dos, s’arrête à l’entrée du sillon entre les fesses, fait mine de vouloir s’y aventurer, se ravise.
– Alors comme ça, on a fait des bêtises ! Une grande fille comme vous. Vous n’avez pas honte ?
Et ça tombe d’un coup. Brutal. Abrupt. Ça lui arrache un cri de douleur tout autant que de surprise. Une première claque suivie d’une multitude d’autres lancées à toute volée. En rafale. Qui lui font un mal fou. Qui lui arrachent de petits gémissements de fond de gorge qu’elle ne parvient pas à juguler malgré tous ses efforts.
Ça s’arrête comme ça a commencé. D’un coup.
Elle se redresse fièrement.
– Alors ? Comment vous avez trouvé ?
Il l’enveloppe d’un sourire enjôleur.
– Magnifique ! Tu es très douée.
– Oui, hein ? Oh, mais je peux encore faire des progrès.


lundi 2 mai 2016

La clef USB (7)

Laurent passait un temps fou avec Antoine dont il ne cessait de chanter les louanges. « C’est vraiment un type exceptionnel. Qui gagne à être connu. Qui sait une foule de choses. Sur toutes sortes de sujets. C’est un vrai bonheur de parler avec lui. » Ils étaient cul et chemise tous les deux. Et de plus en plus. Ils jouaient au tennis ensemble. Allaient voir des matches ensemble. Sautaient sur toutes les occasions qui se présentaient pour se retrouver… Alors est-ce qu’Antoine n’allait pas être tenté, un jour ou l’autre, de se laisser glisser sur la pente des confidences ? De vendre la mèche ? Si ! Bien sûr que si ! Ça allait forcément arriver. Plus j’y pensais, plus je l’envisageais et plus ça ma paraissait évident. Je les imaginais… Je les voyais… Je l’entendais : « Écoute, Laurent, il faut que je te dise quelque chose. Quelque chose d’important. J’ai longtemps hésité, mais garder ça pour moi, c’est au-dessus de mes forces. Il faut que tu saches… Christina… Christina à qui tu fais si aveuglément confiance, eh bien Christina… »

Il était sous la douche.
– Ah, oui, à propos… J’oubliais… J’ai invité Antoine à dîner… Samedi soir…
– Antoine ? Samedi soir ?
– Oui… Ça t’ennuie ?
– Oh, non ! Non ! Pas du tout !
Ça ne m’ennuyait pas, non. Ça me terrorisait. Parce que ça sentait le traquenard ce repas. Le coup fourré. Ils étaient de connivence si ça tombe. Ils s’étaient mis d’accord pour me coincer. Pour tout mettre sur la table. Ou bien alors Antoine allait prendre un malin plaisir à multiplier allusions et sous-entendus tout au long de la soirée tant et si bien que Laurent finirait forcément par se douter de quelque chose. Qu’il chercherait à savoir. Et, au final, ça reviendrait au même…
J’ai passé toute la semaine dans la hantise de ce repas lourd de tous les dangers. Je courais à la catastrophe. Ça me paraissait de plus en plus évident. Inéluctable. La dernière nuit, celle du vendredi au samedi, je n’ai pas fermé l’œil une seule seconde et, au matin, je n’y ai plus tenu. Je suis discrètement allée appeler Antoine. Il fallait que je l’entende. Qu’il me rassure. Qu’il me jure qu’il ne dirait rien, qu’il ne me ferait pas courir de risques…
Il a ri…
– Voilà ce que c’est de pas avoir la conscience tranquille…
– Mais non, c’est pas ça…
– Bien sûr que si que c’est ça, Christina ! Bien sûr ! Parce que, attends ! Tu as un mari en or… Qui se mettrait en quatre pour toi… Qui gagne très confortablement sa vie… Et la tienne… Grâce auquel tu as tout ton temps à toi. Et tu en fais quoi de tout ce temps qu’il t’offre si généreusement ? Tu cours te faire sauter par le premier venu…
– Tu comprends pas !
– Qu’est-ce que je comprends pas ? Qu’est-ce que tu vas me raconter ? Que Laurent est quelqu’un d’adorable ? De très facile à vivre ? Que tu n’as rien à lui reprocher ? Sauf qu’au lit c’est loin d’être le top. Que tu t’éclates pas avec. Et que ça, c’est quelque chose dont tu peux pas te passer. Que t’as bien essayé, mais que c’est décidément au-dessus de tes forces. C’est un peu facile, non, tu crois pas ?
– C’est… Oui, enfin non ! Mais tu vas pas lui dire, hein, Antoine ? Tu me promets ?
– Encore ! J’en ai assez, Christina, plus qu’assez que tu mettes comme ça sans arrêt ma parole en doute.
– Je la mets pas en doute.
– Ah, non ! Qu’est-ce que t’es en train de faire ? Oh, mais il y a des solutions ! Une bonne fessée, c’est radical, tu vas voir. Ça t’en fera définitivement passer l’envie.
– Une fessée ? Tu vas vas quand même pas…
– Te mettre une fessée ? Si ! Bien sûr que si ! Une fessée que tu vas même venir chercher. Et sur-le-champ.
– Mais…
– Il n’y a pas de mais qui tienne ! Tu veux que je te garde le secret, oui ou non ? Eh bien alors ! Allez, dépêche-toi ! Je t’attends…

jeudi 28 avril 2016

Escobarines: Le valet (1)

Le même pas feutré et la porte presque aussitôt rouverte. Le même valet. Qui s’incline cérémonieux, impassible.
– Madame s’est donc ravisée ?
Il l’invite à entrer, main ouverte, tendue. Elle avance de quelques pas sur les volutes entrelacées du tapis, s’arrête près du fauteuil de velours rouge, hésite. Il sourit imperturbablement. Les volutes s’entrecroisent et se perdent à l’infini. Rouges. Bleues. Vertes.
– Il faut dire que Madame n’a pas vraiment le choix…
Au-delà du tapis s’enfuient les lattes vernies du parquet.
– Je suppose qu’il est inutile de rappeler à Madame les conditions de Monsieur ?
Elle fait signe que non. Non, c’est en effet inutile…
– Bien…
Il est là sans doute, de l’autre côté, derrière la porte à moulures lambrissées grise.
– Monsieur m’a chargé de mettre moi-même Madame dans la tenue où il souhaite la recevoir…
Le salaud ! Non, mais quel petit salaud !
Il se penche, crâne dégarni, épaules écrasées, saisit le bas de la robe, relève Elle rabat. Une fois… Deux fois…
– Que Madame se montre donc raisonnable !
Deux tableaux se font face, dans leurs cadres dorés, représentant l’un – elle lève les bras – un paysage de neige à l’infini et l’autre – il remet les manches à l’endroit, l’étale soigneusement sur le fauteuil, lisse un pli du plat de la main – un bâtiment de ferme avec quelques minuscules silhouettes dans les champs en arrière-plan. Il dégrafe le soutien-gorge. Sur la cheminée une horloge dorée enluminée d’angelots qui voltigent en tendant des couronnes de lauriers à bout de bras. Il pose les mains des deux côtés sur ses hanches. Il les glisse sous l’élastique de la culotte… Qu’il descend… Dans la bibliothèque, juste en face, les livres à tranches vert empire sont soigneusement alignés. Jusqu’aux chevilles. Elle lève une jambe. L’autre…
– Les chaussures maintenant… Tout… Il a dit tout…

Le couloir est sombre et étroit. Les lattes du plancher collent légèrement sous la plante des pieds. La lumière est brutale soudain, aveuglante.
– C’est cette dame que Monsieur attend…
– Fais entrer, Bastien, fais entrer !
Il s’efface, s’incline, referme la porte.

Monsieur n’a pas levé les yeux. Il écrit. Il ne lève toujours pas les yeux. Il est jeune. Très… Tellement jeune. Elle tousse. Une immense baie vitrée, le parement d’un balcon, des toits, des murs, un bout d’avenue. Elle tousse encore. La pièce est immense et claire. Il lève enfin la tête, la regarde. De haut en bas… De bas en haut… Il continue à écrire, ouvre un dossier, le referme.
– J’ai fait le nécessaire… Tout sera rentré dans l’ordre en temps voulu…
– Merci…
Il recule sa chaise.
– Àcondition… À condition bien entendu que notre contrat soit très scrupuleusement respecté. Évidemment…
Il contourne le bureau. S’approche.
– D’autant plus scrupuleusement qu’il s’agit d’une somme considérable… J’espère que vous avez conscience de l’effort que cela représente pour moi…
Il la fait pivoter, se saisit d’une de ses mains qu’il lui pose sur la hanche. L’autre, il la lui fait mettre sur le front…
– Là ! Ne bougez plus !

– Vous avez un fessier comme je les aime ! Bien en chair. Plantureux. Un derrière à fessées. Incontestablement. Je sens que je vais me régaler.
Il regarde. Il contemple. Ça dure. Ça s’éternise.
– Venez ! Venez vous asseoir… Là… Asseyez-vous !
Il sonne, s’installe, jambes croisées, face à elle. Il se tait. Ils se taisent.

Silencieuse, la jeune servante dépose le plateau entre eux sur la table basse. Sans un mot. Sans un regard.
– Merci, Jeanne… Vous avez vraiment beaucoup de chance que ce soit Lambert qui ait découvert le pot aux roses… Un autre que lui… Lait ou citron ? Lambert est un comptable hors pair qui trouve toujours une solution… Quelle que soit la situation… La preuve !
Penchée presque à l’horizontale, une main ramenée sur la poitrine pour empêcher la robe de bailler, Jeanne verse le thé.
– Sans lui – sans moi – vous seriez dans de sacrés beaux draps… Enquête… Scandale… Vous ne vous en releviez pas… Et votre mari…
Jeanne lui tend sa tasse.
– Merci…
Et puis à lui…
– Merci, Jeanne…
Elle se redresse, s’éloigne à pas feutrés.

(à suivre)

lundi 25 avril 2016

La clef USB (6)

Il m’a appelée le lendemain…
– Je suis crevé… Littéralement crevé… Par ta faute… Non, parce que j’avais beau me répéter, sur tous les tons, que ce n’était pas raisonnable, que je devrais aller dormir, que j’allais être, au boulot, dans un état pitoyable, c’était plus fort que moi : fallait que je te regarde encore et encore t’empaler sur cette queue inconnue qui te faisait à l’évidence tant de bien. Je ne pouvais pas détacher mes yeux de tes adorables petites fesses qui s’entrouvraient et se refermaient en cadence. Et tu sais ce que je n’arrête pas de me dire ? C’est qu’avec un peu de chance, sur les neuf vidéos qu’il nous reste encore à visionner ensemble, il y en aura bien une où on le verra, ce monsieur, aller rendre une visite de courtoisie à ton petit trou de derrière. Non, non ! Chut ! Ne vends pas la mèche ! Je ne veux pas savoir. Pas encore ! Que j’aie la surprise… Dis-moi plutôt : vous continuez à en faire des vidéos tous les deux ? Oui, hein, sûrement…
– Alors ça, il y a pas de risque !
– Toute seule non plus ?
– Non plus, non…
– Ben, pourquoi ? Tu devrais, tu sais ! Vous devriez… Vous êtes extrêmement talentueux… Aussi bien l’un que l’autre…
– Il n’en est pas question…
– Ah, ben si, si ! Ça se renouvelle un stock. Au fur et à mesure… Ça finit par s’épuiser sinon… Tu devrais savoir ça… Alors dorénavant pour chaque vidéo que nous aurons vue tu me donneras une vidéo tout fraîchement tournée… Que je nous mettrai soigneusement de côté… Pour plus tard… Qu’on ait de la réserve… Tu peux quand même pas me refuser ça !
Je ne pouvais pas, non ! Il le savait et je le savais. Et on savait tous les deux pourquoi. J’étais désormais enfermée dans une nasse à laquelle, toute seule, je ne parviendrais jamais à échapper. Il fallait que quelqu’un vienne à mon secours et m’aide à m’en sortir. Oui, mais qui ? Damien ! Bien sûr Damien ! Quelle drôle d’idée j’avais eue de vouloir le tenir en-dehors de tout ça. Le véritable responsable de la situation, c’était lui. Aucun doute là-dessus : s’il n’avait pas fait des pieds et des mains pour que j’apporte cette fichue clef à chacun de nos rendez-vous, rien ne serait arrivé. Alors à lui de la trouver la solution après tout… C’était la moindre des choses…

Il s’est précipité à ma rencontre, radieux.
– Toi, Christina, toi ! J’y croyais plus… J’espérais plus…
Il m’a serrée contre lui. A cherché mes lèvres.
– Attends, Damien ! Attends ! D’abord il faut qu’on parle…
– Après… Après…
– Non… Maintenant… Tout de suite… C’est important… Très…
Il m’a écoutée sans m’interrompre. Jusqu’au bout.
– C’est tout ? Je m’attendais à pire…
– À pire ?
– Oui… Que tu me dises que c’était fini nous deux… Que tu voulais plus qu’on se voie… Du moment que c’est pas le cas, le reste…
– Mais est-ce que tu te rends compte enfin, Damien ? Il a nos vidéos… Il peut en faire ce qu’il veut… Les montrer à Laurent…
– Ce n’est apparemment pas son intention…
– C’est pas une raison enfin ! Ce sont NOS vidéos. Il a pas à les avoir… À m’obliger à les regarder avec lui…
– Le moyen de l’en empêcher ?
– Il doit bien y en avoir un… Il doit bien y avoir une solution…
– Peut-être… Mais dans l’immédiat je vois pas laquelle…
– Cherche ! Tu vas chercher… Promets-moi que tu vas chercher !
– Mais oui !
– Et tu vas trouver… Hein, que tu vas trouver ?
Il n’a pas répondu. Il m’a attirée contre lui. Et je me suis abandonnée… Et j’ai hurlé mon plaisir, agrippée à lui… Il est resté en moi, m’a souri…
– L’esssentiel, c’est nous ! Ce qu’on vit nous… Que rien ne nous sépare jamais… Non, tu crois pas ?
– Si, Damien, si !
Et je me suis sentie seule. Épouvantablement seule…

jeudi 21 avril 2016

Escobarines: Le retour du voisin (4)

– Non, laisse-moi, Baptiste, s’il te plaît !
– Mais qu’est-ce t’as ?
– Rien ! J’ai rien. Seulement je voulais pas que tu viennes aujourd’hui. Je te l’avais dit…
– J’avais trop envie…
– Oui, ben ça tombe mal. Faut que je parte…
– Tu vas où ?
– À côté. Chez le voisin. Il m’attend.
– Il t’attend ? Comment ça il t’attend ? Pourquoi ?
– Comme si tu le savais pas !
– À cause d’avant-hier ? Il était là ? Il nous a entendus ? C’est ça ?
– T’es très perspicace quand tu veux…
– Il va pas encore te… ?
– Me flanquer une fessée ? Ben, si ! Si ! Justement… Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
– Mais rien. J’ai rien dit…
– Tu veux que je fasse quoi ? Que je l’envoie sur les roses ? Il est complètement tordu ce mec. Dans le quart d’heure qui suit il aura appelé Martial. Il lui aura tout déballé. C’est ça que tu veux ? D’autant que Martial n’aura rien de plus pressé que de mettre Lydie au courant. Ah, on sera dans de beaux draps tous les deux. Toi comme moi. Alors il y a pas trente-six solutions. Faut que j’en passe par ce qu’il a décidé… Et c’est vraiment pas de gaieté de cœur, je t’assure !

– Alors ?
– Il est là, à côté…
– Il a réagi comment ?
– Comme prévu. Il a pas vraiment protesté. Même pas pour la forme. Trop content de pouvoir en profiter, tu parles ! Mais ça, j’en étais sûre…
– Bon, ben il y a plus qu’à alors !
– Il y a plus qu’à… Oui. Comme tu dis…
– Allez, mets-nous ce petit derrière à l’air…

– Ouche ! T’as pas fait semblant, dis donc !
– Me dis pas que ça t’a pas plu…
– Si ! Oh, si !
– Ah, pour piailler, t’as piaillé. Il en a eu pour son argent ton Baptiste à côté, ça, on peut pas dire…
– Il doit être dans un état !
– Et comme c’est aussi manifestement ton cas… Un vrai feu d’artifice, ça va être tous les deux…
– Je sais pas…
– Mais si, tu sais ! Allez, file, il t’attend…

– T’as eu mal ?
– Ah, ben ça !
– Fais voir !
– Non. Laisse-moi, Baptiste ! Laisse-moi, j’te dis !
– Hein ? Mais pourquoi ?
– Non, mais attends ! Je viens de m’en prendre une, il y a pas cinq minutes, parce qu’on a baisé et toi, tu veux qu’on recommence aussi sec derrière. T’es inconscient ou quoi ? C’est pour le coup qu’il va pas me louper…
– Je veux juste regarder…
– Ben, voyons ! Non. Je te connais. Je sais comment ça va forcément finir. Et, à l’arrivée, qui c’est qui va encore trinquer, ben, c’est moi…
– Oui, alors, si je comprends bien, c’est fini nous deux, quoi !
– Tout de suite les grands mots… Mais non, c’est pas fini, non ! Bien sûr que non ! Seulement faut qu’on envisage d’autres solutions… J’ai pas envie de me faire tanner le derrière chaque fois qu’on va tirer un coup ensemble…
– D’autres solutions ?
– Se voir ailleurs… Par exemple… Bon, mais on en reparlera… Je t’appelle ce soir sans faute… Va vite en attendant… Qu’on soit pas tentés…

– C’est moi !
– Je vois ça, oui !
– Je l’ai expédié Baptiste…
– Le pauvre !
– Ah, ben non, attends, normal que ce soit toi qu’en profites. T’as fait tout le boulot…
– Même que je peaufinerais bien encore un peu avant…
– Oh, ça, tant que tu veux ! Avec plaisir…

lundi 18 avril 2016

La clef USB (5)

Je ne m’en étais pas si mal sortie finalement ! Parce qu’en débarquant comme ça à l’improviste, en exigeant que je me regarde, sur cette vidéo, me caresser sous la douche, et ça en se tenant à mes côtés, son but était à l’évidence de me déstabiliser, de s’offrir le spectacle de ma confusion. De me mettre délibérément mal à l’aise. Je ne lui avais pas fait ce plaisir. J’étais restée impassible. Impénétrable. Je n’avais rien laissé transparaître de ce que j’éprouvais. Même si, à l’intérieur, c’était loin d’être simple. Comment aurait-ce pu l’être ?

Et maintenant ? Maintenant il voulait me voir me caresser « en vrai ». Ou, plus exactement, me voir jouir « en vrai » devant lui. Il s’en délectait manifestement par avance. Oui, ben alors ça, il pouvait toujours courir. Je ferais mécaniquement les gestes : bien obligée. Mais quant à avoir vraiment un orgasme, c’était totalement exclu. J’allais me contrôler, mobiliser toute mon énergie pour m’en empêcher et j’y arriverais. J’y arriverais ? J’étais bien sûre de moi, là ! Non, parce que, dans mon cas, le jet de la douche s’était toujours avéré particulièrement efficace. Et il ne suffisait pas de décider qu’il en irait cette fois-ci autrement pour que… D’un coup de baguette magique… Allais-je être vraiment capable de me maîtriser ? C’était là toute la question. J’en étais, par moments, fermement convaincue et j’étais, à d’autres moments, tout aussi fermement convaincue du contraire. De toute façon je n’allais pas tarder à être fixée. Et j’appréhendais… Comment j’appréhendais ! Finalement c’était peut-être le but qu’il visait en m’annonçant le programme aussi longtemps à l’avance : me faire vivre, plus d’une semaine durant, dans la hantise de moi-même.

Il avait rencontré Laurent. Il avait rencontré mon mari. Il s’est empressé, à peine arrivé, de me l’annoncer…
– Trois fois, en une semaine, que je tombe sur lui… Et par hasard… C’est fou ça, non ? On s’est taillé une petite bavette du coup tous les deux et on va s’inscrire au tennis. Non, parce qu’on finirait par s’encroûter à force… Bon, mais c’est pas tout ça… Dis un chiffre…
– Quatre. Pourquoi ?
– Alors la vidéo quatre on va se regarder…
– Hein ? Mais…
– Mais quoi ? Ah, le charmant petit spectacle que tu devais m’offrir sous la douche ? Tu tiens absolument à ce que ce soit maintenant ? Tout de suite ?
Ah, mais non ! Non… Pas du tout… Et même…
– Eh bien alors ! Un autre jour tu me montreras ça… On a tout notre temps… Il y a rien qui presse… Allez, tu nous la mets cette quatre ?
J’ai très vite cliqué sur la trois. Avec un peu de chance il ne s’en apercevrait pas. Parce que la quatre ! Ah, non, pas la quatre ! Seulement il avait l’œil…
– Qu’est-ce tu fais ? Non, non… La quatre on a dit…
J’ai dû me résoudre à la lancer, la mort dans l’âme…
– Ah, c’est Madame qui chevauche… Et tu mets du cœur à l’ouvrage, dis donc ! Tu rechignes pas à la besogne… Mais… Mais c’est pas Laurent le monsieur… Qui c’est ?
– Tu connais pas…
– Oui, ben ça, je vois bien que je connais pas… Mais ça me dit pas qui c’est…
– Un ami…
– Un ami très intime alors parce que… Ah, chut ! Ça y est, écoute, tu jouis ! Regarde ! Mais regarde !
En silence. Jusqu’au bout. Il a hoché la tête…
– Ça fait pas semblant avec toi, dis donc ! Ça relève carrément du raz de marée quand tu prends ton pied, oui ! Bon, mais ça me dit toujours pas qui c’est ce type… On s’en fout, remarque ! Ce que je vois surtout, moi, dans cette histoire, c’est que ce pauvre Laurent est cocu… Et on change complètement de registre, là… Ça va m’obliger à me montrer beaucoup plus exigeant à ton égard…
Il entendait quoi par là ? Je n’ai pas osé lui poser la question. Il a posé la main sur la souris…
– En attendant on va se la remettre cette vidéo… Elle en vaut sacrément la peine…