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jeudi 23 octobre 2014

Le Centre (75)



75

– Ça y est ?
– Ben oui, ça y est, oui…
– Eh bien, raconte, quoi !
– Il y a rien à raconter… J’ai fait ce qu’il voulait… Je l’ai fait… Et puis voilà…
– Il te reste plus qu’à espérer qu’il tienne sa promesse… Qu’il aille pas chanter ça sur tous les toits… T’aurais bonne mine…
– Et aussi à espérer qu’il va me foutre la paix maintenant… Qu’il va pas être sans arrêt après moi…
– Parce que ?
– Parce qu’il est allé se mettre dans la tête que j’adore ça les fessées…
– Il est en droit de le penser, non ? Après ce que tu lui as montré…
– Et il se verrait bien m’en flanquer une…
– Ça te tenterait pas ?
– Non, mais ça va pas ! Manquerait plus que ça !
– Je sais pas, moi… C’est pas mon truc… Mais enfin j’essaie d’imaginer… Je suppose que s’en coller toute seule, même si on y trouve d’une certaine façon son compte, ça doit finir par être frustrant au bout d’un moment… On doit avoir envie de la main de quelqu’un d’autre, non ?
– Ah, ben ça !
– Eh ben alors !
– Mais c’est un gamin enfin ! Vingt ans… Non, mais tu te rends compte ?
– Mouais…
– Ça te choquerait pas, toi ?
– Il en a déjà vu pas mal… Alors un peu plus un peu moins…
– S’agirait pas seulement de voir cette fois, mais de… Oh, non… Non… Comment j’aurais trop la honte… Il en est pas question… Alors ça il en est pas question…
– C’est toi qui vois, hein ! Moi, ce que j’en dis…


– Il a voulu que je reste…
– Qui ça ?
– Ben, Léo, tiens… Au boulot hier soir… Il a voulu que je reste… Il a inventé des prétextes… Jusqu’à ce que tout le monde soit parti… Qu’il y ait plus que nous…
– Histoire de t’en flanquer une, j’parie…
– Non… Oh, non… Non… Pas ça… Non… Ce qu’il voulait, c’était voir les traces de l’autre soir en vrai… « Parce que tu comprends… À la cam, c’est pas pareil… On en profite pas autant… »
– Et alors ? Tu lui as montré ?
– Ben, oui… Oui…
– Parce que ? Il t’a menacé ?
– Non… Pas vraiment, non… C’est plutôt… Je sais pas comment expliquer… C’est plutôt qu’il paraissait tellement sûr que j’allais le faire… Certain que j’allais pas dire non… Que c’en devenait impossible de pas en passer par où il voulait… Tu comprends ?
– Pas vraiment, non… Bon, mais… et alors ?
– Et alors… Ben rien… Il a regardé…

– C’est toi qui l’as baissé ta culotte ou c’est lui ?
– Qu’est-ce que ça peut faire, ça ?
– C’est lui, hein ? Je suis sûre que c’est lui… Il a touché ?
– Non, mais ça va pas ! Manquerait plus que ça…
– Même pas effleuré ? Juste sur les marques ?
– Et quand bien même il aurait effleuré, ç’aurait pas été un drame…
– Il faisait quoi alors s’il touchait pas ?
– Il regardait… Et puis il parlait…
– Ah, oui ? Il disait quoi ?
– Oh, mais t’en as pas marre de toutes ces questions sans arrêt ?
– C’est pas bien difficile à deviner ce qu’il disait… Eh ben dis donc ! Toi qui voulais pas avoir honte… T’as dû être servie…

dimanche 21 septembre 2014

Le Centre (74)



– Tu l’as vu ?
– Ben oui… Forcément, ça ! Au boulot…
– Et alors ?
– Je sais pas… Au début, quand on s’est dit bonjour, il m’a paru complètement normal… Mais après… À la machine à café…
– Il t’a dit quelque chose ?
– Rien de spécial, non… Mais sa façon de me regarder…
– Peut-être que tu te fais des idées…
– J’espère…
– Ou que c’est toi qui lui as paru bizarre… À force d’épier ses réactions… Et que c’est pour ça ses regards…
– Peut-être, oui… Peut-être… Vaudrait mieux…


– Mais arrête de te prendre le chou avec ça…
– Je me prends pas le chou !
– Ah, non ? Ça fait trois jours que tu parles que de ça… Que tu penses qu’à ça… Que tu épluches le moindre mot, le moindre sourire, le moindre froncement de sourcil de ce Léo… Que tu ne vis plus que par lui… Qu’à travers lui…
– Non, mais tu te rends pas compte… Tu te rends pas compte quel enfer c’est pour moi… Quelle épée de Damoclès j’ai suspendue au-dessus de la tête… T’imagines s’il se met à raconter ça ? Rien que d’y penser…
– Il l’aurait déjà fait…
– Il l’a peut-être fait… Sûrement d’ailleurs… Alors, pour le moment, on se contente de rigoler derrière mon dos… Jusqu’au jour où ça va me revenir en pleine figure… D’ailleurs il y en a deux ce matin elles chuchotaient en me regardant… En me regardant et en rigolant en douce…
– Toi, t’es en train de devenir complètement parano…


– Je lui ai parlé… J’en pouvais plus… J’en pouvais vraiment plus… Alors je lui ai carrément demandé s’il l’avait éteinte sa cam l’autre soir…
– Et ?
– Il m’a dit que non… Qu’elle était restée allumée…
– Ah…
– Et qu’il regrettait pas… Parce que ce que ça lui avait permis de voir… Mais que jamais il aurait cru ça de moi… Jamais… J’étais mal, mais mal…
– J’imagine…
– Il en a pas parlé en tout cas…
– T’es sûre ?
– Il me l’a juré… « Non… J’en ai pas ENCORE parlé… J’attendais que tu sortes du bois… Je savais que tu finirais par le faire… Et je n’en parlerai pas, mais à une condition… J’ai beaucoup apprécié le délicieux petit spectacle que tu m’as offert l’autre soir… Alors tu vas recommencer… »
– Le salaud ! Non, mais quel salaud !
– J’ai bien essayé de discuter… De l’apitoyer… Il y a rien eu à faire… « C’est à prendre ou à laisser… Et le même spectacle je veux… Exactement le même… Et ce soir sans faute… Sinon demain matin toute la boîte est au courant… Et je fournirai des preuves de ce que j’avance »
– Quelle petite ordure !
– Ah, ça, tu l’as dit…
– Tu vas faire quoi ?
– Comme si j’avais le choix…
– Tu peux peut-être essayer de gagner du temps… Ou… Je sais pas, moi…
– C’est reculer pour mieux sauter… Il est vraiment très déterminé, tu sais ! Alors plus vite ce sera fait plus vite je serai débarrassé…


– Jessica ? T’en as mis un temps pour te connecter ! Bon, ben allez ! À toi de jouer… Et comme l’autre soir, hein ! Exactement comme l’autre soir…
 (à suivre)

samedi 30 août 2014

Le Centre (73)



– Allô… Pauline ? Je te réveille ?
– Ah, oui… Oui… À trois heures du matin tu me réveilles, oui… Mais qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui se passe ?
– Faut que je te demande un truc… Faut absolument que je te demande un truc… C’est hyper important…
– Ben, vas-y ! Mais dépêche-toi ! Je tombe de sommeil…
– Quand on éteint l’écran de l’ordi, mais qu’on oublie de fermer la cam, l’autre, à l’autre bout, il peut quand même continuer à voir ?
– Et tu me déranges au milieu de la nuit pour ça ?
– Réponds-moi, je t’en supplie…
– Ben, évidemment qu’il peut… Je comprends même pas que tu poses la question…
– Je m’en doutais… Ouais… Je suis foutue, quoi ! Je suis morte…
– Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
– C’est que tu sais… Léo… Le petit jeune en interim qu’ils ont mis aux expéditions… Je t’en ai bien parlé…
– Écoute, Jessica, s’il te plaît, sois gentille ! On déjeunera ensemble demain à midi si tu veux… Et tu me raconteras tout ça… Mais là faut vraiment que j’aille dormir… Je suis crevée d’une force…


– Excuse-moi pour cette nuit… Mais j’étais complètement paniquée… Et à part toi qui j’aurais pu appeler ?
– J’y ai gagné d’avoir la tête dans le cul toute la matinée… Mais bon… On est samedi… J’ai tout le week-end pour récupérer…
– Oui… Bon, mais alors, comme je te disais… Leo… Un petit collègue… Qu’est pas désagréable comme garçon… Qu’est branché musique à fond… Et qu’a entrepris de me faire partager sa passion pour la country… Qu’a fini, à la longue, par me demander comme amie sur Facebook… J’avais pas vraiment de raison de refuser… Et du coup, de temps en temps, quand il me voit connectée, il me fait signe et on se taille une petite bavette… On discute musique… États-Unis… Piercings… Tatouages… Un peu de tout… C’est ce qui s’est passé hier soir… Sauf qu’à un moment on a sonné… « Je sais pas ce que c’est… Bon, ben j’te laisse… Je vais voir… À lundi, au boulot… » Et j’ai éteint l’écran… Dans ma précipitation seulement l’écran… Et j’ai filé ouvrir… C’était ma voisine : le facteur avait laissé un colis pour moi… Le temps de boire un café avec elle et je suis revenue me coucher… Sans plus penser à l’ordi… C’est dans la nuit que ça m’est revenu… Que ça m’a réveillée en sursaut… Que j’ai foncé voir…
– Il était encore connecté ?
– Non… Mais ça veut rien dire… Ça veut pas dire qu’il avait coupé tout de suite…
– Bon, mais au pire… Il t’a regardée te déshabiller, c’est ça ? Il t’a vue à poil ? C’est vrai que c’est gênant… Surtout un collègue… Mais c’est pas une catastrophe non plus… Au jour d’aujourd’hui…
– Oui, mais non… Il y a pas que ça…
– Ah…
– Hou la la… Quand j’y pense…
– Il y a quoi de si terrible ? T’as fait un peu joujou toute seule sur le lit ?
– Pas ça, non… Pire…
– Pire ? Je vois pas…
– Mais si ! Ho la la ! Comment c’est pas facile à dire… Même si je sais qu’avec toi… Parce que c’est le genre de truc… Disons que des fois j’aime bien me… Avec un martinet… Ou une cravache…
– Ah, oui ! D’accord… Là, c’est plus vraiment la même chose…
– Non… Surtout qu’après je passe un temps fou à me regarder les marques dans la glace… Qu’elle est en plein en face de l’ordi la glace… Et que, comme par hasard, hier soir j’y ai passé encore plus de temps que d’habitude…
– Je vois…



– Ah, je suis dans de beaux draps, ça, c’est sûr… T’imagines s’il a fait des captures d’écran… Ou seulement s’il raconte… La honte !
– Oui… Enfin, d’un autre côté, il y a rien de sûr… Si ça tombe il a déconnecté dès que t’as été partie…
– C’est tout le problème… Je peux pas avoir de certitude… Ni dans un sens ni dans l’autre…
– À ta place, moi, j’irais faire un tour sur Facebook… Dès que possible… Et s’il y est…
– J’engage la conversation : « Bon, mon petit Léo, j’ai une question à te poser… Est-ce qu’hier soir tu m’as vue à l’œuvre ? En train de me cingler allègrement les fesses ? Et alors ? T’en as pensé quoi ? Ça t’a plu ? » Non, mais t’es vraiment pas bien, toi, hein, par moments…
– Non… Évidemment pas… Mais ça te permettrait de te faire une idée… De voir s’il y a quelque chose de changé… Dans son comportement… Dans sa façon d’être avec toi… Des fois il suffit de pas grand’chose…
– Oui, ben ça je verrai lundi… Jusque là… J’ai bien trop la trouille, attends !

( à suivre…)