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lundi 23 septembre 2019

Escapade (3)



Tableau de Franz von Defregger

Léontine m’attendait. Elle a chuchoté dans la semi-obscurité et la touffeur de la chambre.
– Alors ? Tu l’as vu ?
– Je l’ai vu, oui.
– C’est vrai ? Ben raconte, quoi !
– Attends ! Laisse-moi d’abord me déshabiller.
Appuyée sur un coude, elle m’a regardée faire.
– Wouah, mais qu’est-ce t’as ? Au derrière ? Qu’est-ce t’as ? C’est tout rouge. Tu t’es pris une fessée, on dirait. Mais oui, c’est ça ! Qu’est-ce qui s’est passé ?
Je me suis étendue sur mon lit.
– C’est le jardinier. Il m’est tombé dessus à la grille. C’était le prix à payer pour qu’il me laisse sortir.
– Eh ben, dis donc ! Il s’est rendu compte, Rodolphe ?
– Non. C’est au retour que j’y ai eu droit.
– En attendant, en douce que t’as vraiment une tête de crevée.
– Et pour cause !
– Vous l’avez fait, hein !
– Trois fois.
– Trois fois ! Eh, ben dis donc ! Et c’était bien ?
– Sublime. Ah, pour donner, je peux te dire que ça a donné. Heureusement qu’il est désert, le coin, parce que sinon…
– Dommage qu’au retour…
– Oui, oh !
– Toute nue, il te l’a donnée, la fessée ? Oui, forcément ! Vu l’état de ton derrière. Comment je serais morte de honte, moi ! Pas toi ?
– Si, dans un sens, mais…
– C’était pour la bonne cause. T’aurais pas pu le voir, Rodolphe, sinon… Peut-être que j’aurais fait pareil, je sais pas. Il a tapé fort ? T’as eu mal ? T’as crié ?
– Un peu. Beaucoup, même. Mais c’était moins pire que ce que je croyais. Faut que je m’habitue de toute façon…
– Comment ça ?
– Ben, si je veux le revoir, Rodolphe, j’ai pas le choix.

lundi 16 septembre 2019

Escapade (2)



Tableau de Jos Vital Branco Nalhoa

Il m’a posé une main sur les fesses. Par dessus ma jupe d’uniforme. J’ai frissonné. Je me suis crispée. Il en a saisi le rebord, l’a lentement relevée à mi-cuisses. D’instinct, j’ai mis mes mains. Pour retenir. Pour l’empêcher d’aller plus haut.
– Allons ! Allons ! Tu ne préfères quand même pas la prison ?
J’ai hurlé.
– Oh, non ! Non !
– Eh bien alors !
Et j’ai retiré mes mains.
– Eh ben voilà ! Tu vois quand tu veux !
Il a remonté ma jupe haut sur les reins.
– Jolie perspective !
Il a eu un petit rire.
– Très jolie perspective !
Il a introduit ses doigts sous l’élastique de ma culotte. Il a commencé à la descendre. Doucement. Tout doucement. Je me suis mordu la lèvre.
– Soulève-toi !
Pour la laisser passer.
J’ai discrètement soupiré, mais je l’ai fait. Pas la prison !
– Plus haut !
J’ai obéi.
Et il l’a fait glisser. Jusque sur les cuisses.
– Tu as vraiment un très beau cul !
Il y a posé une main.
– J’espère au moins qu’il l’apprécie à sa juste valeur, ton petit ami…
L’y a installée.
– En tout cas, il n’en profitera pas ce soir. Je le plains, le pauvre ! Si, c’est vrai, hein ! Je le plains vraiment. C’est cruel de le priver d’un plaisir comme celui-là ! Et de t’en priver, toi, par la même occasion.
Il a changé de fesse.
– Bon, mais je suis pas un si mauvais bougre que ça, tu sais, malgré les apparences. Tu as très envie de le voir, hein ?
Et comment ! Seulement…
– Eh bien, vas-y !
– Hein, mais…
Il a remonté vaille que vaille ma culotte, rabattu ma jupe, m’a remise sur pieds.
– Vas-y !
– Oh, merci ! Merci.
– Mais, au retour, tu ne couperas pas à la fessée. Chose promise, chose due.
Et il m’a expédiée dehors d’une petite claque sur les fesses.

J’ai couru. Couru à perdre haleine. J’allais le voir ! J’étais heureuse. Tellement ! J’allais le voir ! Une fessée ? Tant pis ! Ça ne comptait pas. Ça ne comptait plus. J’allais le voir !
À moins que… Et s’il était parti ? S’il ne m’avait pas attendue ? J’ai eu un instant de panique. Vite. Vite. Plus vite.
Il était là. Sous le grand chêne.
Je me suis jetée dans ses bras.
Son corps d’homme. Son désir contre moi. Et j’ai été nue pour lui.
Mon plaisir. Son plaisir.

lundi 26 août 2019

Apaisement



Tableau de François Boucher

Elle était désolée.
– C’est ma faute.
– Ça fait rien.
– Oh, mais si, ça fait. Si ! T’as perdu beaucoup ?
– Encore pas mal, oui.
– Si j’avais su ! Parce que c’est un placement sûr, il m’avait dit, mon frère. Il y a pas le moindre risque. Et comme il est de la partie…
– C’est un domaine où il n’y a jamais rien de sûr. La preuve !
– Ça partait d’une bonne intention, tu sais ! Depuis le temps qu’on est amis tous les deux, je voulais te faire profiter de l’aubaine.
– Ben, c’est raté.
– Je m’en veux ! Tu peux pas savoir ce que je m’en veux. Si seulement je pouvais te dédommager ! Au moins un peu… Financièrement, je peux pas. Il faut que je trouve une autre solution.
– Ce n’est pas nécessaire.
– Ah, si ! Si ! J’y tiens. Je me sens bien trop coupable à ton égard. Je vais y réfléchir. Passe ce soir. J’aurai bien trouvé quelque chose.

Elle était dans sa chambre, couchée sur le ventre, les fesses dénudées. Offertes.
– Mais qu’est-ce que tu ?
– Fouette-moi !
– Hein ? Mais…
– Si ! Fouette-moi ! Je l’ai mérité. J’aurais dû me douter. Y penser. C’est pas la première fois qu’il se trompe, mon frère. J’ai manqué de prudence. Je suis coupable. Fouette-moi ! Que je puisse te regarder à nouveau en face.
Le martinet était par terre, près de la petite table basse.
– Allez ! S’il te plaît !
Elle a enfoui sa tête dans l’oreiller.
– Allez !
Puisqu'elle y tenait…
Et j’ai cinglé. Une fois. Deux fois.
– Plus fort !
J’ai lancé mes coups de plus haut.
– Encore plus fort !
Avec plus d’énergie.
– Comme ça, oui. Et plus vite.
Elle a accompagné chaque coup d’un petit soubresaut du derrière. Et d’une petite plainte étouffée.
– T’arrête pas surtout ! T’arrête pas !
Ça rougissait. Ça boursouflait.
Et ça bondissait. De plus en plus haut. De plus en plus impudique.
Et elle criait. De plus en plus éperdu.
– T’arrête pas ! J’ai mérité ! J’ai mérité ! J’ai mérité !

Il a bien fallu finir par mettre un terme pourtant.
Elle ne s’est pas retournée.
– Tu m’en veux plus ?
– Bien sûr que non !
– Merci. Laisse-moi maintenant!

lundi 19 août 2019

Entre cousines (6)


Tableau de Manuel Robbe


Elle s’impatientait, Alice.
– Bon, alors ! Qu’est-ce qu’ils fabriquent ?
– Laisse-leur le temps !
– Tu crois que ça lui plaît mieux avec elle qu’avec nous ?
– Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ?
– On va écouter à la porte ? Peut-être qu’on peut entendre. J’y vais, moi ! Tu viens pas ?
Elle était en train de se lever pour y aller quand…
– La voilà !
Elle lui a à peine laissé le temps d’arriver.
– Alors ?
– Génial. Fabuleux. Sublime. Il y a pas de mots.
– Eh ben, dis donc ! Raconte ! Assieds-toi et raconte ! Nous fais pas languir.
– J’ai trop aimé. Parce que ça a été tout de suite. Juste le temps de refermer la porte. Il m’a attrapée, il m’a mis les fesses à l’air, il m’a basculée sur ses genoux et il me les a claquées. En me faisant la morale. Que je l’avais mérité. Que j’étais une petite dévergondée. Hein que j’étais une petite dévergondée ? « Si ! Oui ! » Hein qu’il fallait me remettre dans le droit chemin ? « Oh, oui ! Oui ! » Et donc qu’il tape plus fort. Beaucoup plus fort. Non ? Je ne croyais pas ? « Si ! » Et alors là ! Qu’est-ce que j’ai pris ! C’est sympa, les filles, quand nous, on se le fait, si, c’est vrai ! Mais un homme, c’est pas du tout pareil. D’abord, parce qu’il tape plus fort, beaucoup plus fort. C’est pas comparable. Ensuite parce que rien que de te dire que c’est un homme, justement… Surtout là, qu’il est bien plus âgé, que tu te sens toute petite. Comment il a fait durer en plus !
– Oui, ben ça, on a vu. Près de deux heures t’y es restée là-dedans.
– Oui, mais c’est aussi…
– Quoi donc ?
– Vous le répéterez pas ?
– Évidemment qu’on le répétera pas.
– Il a pas fait que me donner la fessée.
– Ah !
– J’avais trop envie. Ça me chauffait trop partout, les claques. Et puis de le sentir, lui, avec son truc tout dur contre ma cuisse. J’ai complètement craqué.
– Carrément !
– Il vous l’a pas fait à vous ?
Il nous l’avait pas fait, non, et elle le savait très bien.
– Oh, mais peut-être que ça viendra. Parce qu’il va sûrement pas s’arrêter en si bon chemin. Il remettra ça. Avec vous. Avec moi. On est encore là pour un bon petit bout de temps. Et vous verrez ! C’est trop fou comment il s’y prend bien. La première fois, j’ai pas trop réalisé. C’est allé bien trop vite. Mais alors la deuxième ! Il m’a rendue folle, oui ! Ah, il sait se servir de ses mains. Et de sa bouche. Sans parler du reste.
– Mais… Et Louis dans tout ça ?
– Il le saura pas, Louis.
Elle a haussé les épaules.
– N’importe comment…
– N’importe comment quoi ?
– Je sais pas si ça va durer. Parce qu’il est gentil, Louis, mais bon…
– Il sait pas s’y prendre.
– Moins bien que lui, ça, c’est sûr… Non, mais ce qu’il y a surtout, c’est que maintenant que j’y ai goûté, je me vois vraiment pas passer ma vie avec un homme qui ne me donnerait pas la fessée. Et c’est la dernière chose que je pourrais aller demander à Louis. Il en ferait une attaque, le pauvre !

lundi 12 août 2019

Entre cousines (5)



Tableau de Franz von Lenbach

Elle n’a pas eu le temps de nous raconter, Alice. Pas tout de suite. Parce que, quand elle est revenue de là-bas, c’était l’heure de passer à table.
– Tu peux quand même nous dire si c’était bien.
– Oh, pour ça, oui alors !
Avec un grand sourire ravi.

Aussitôt remontées dans ma chambre, après le repas, on s’est assises, toutes les trois, au bord de mon lit, elle au milieu.
– Allez, raconte ! Tout. Bien en détail. En commençant par le début.
– Le début ? Ben, au début il a voulu que je me déshabille.
– Exactement comme moi.
– Tout de suite. En arrivant. Et moi, pas question, alors là ! Une fessée, je voulais bien, oui, mais seulement par-dessus les habits. Il a insisté. Un peu. Pas trop. Il a soupiré. « Bon ! Allez ! » Et il me l’a fait. Mais même pas sur ses genoux. Juste comme ça, debout. Une dizaine de claques, pas vraiment fortes, mais un peu quand même. Et puis il a arrêté. Il avait pas vraiment envie, je le sentais bien. Il m’a lâchée. Et je suis restée là, sans trop savoir quoi faire. Surtout qu’il parlait pas. Qu’il disait rien. Il avait l’air tellement déçu. C’était de ma faute. Je me sentais idiote, mais idiote ! Et je savais toujours pas quoi faire. C’est sorti tout seul au bout d’un moment. « C’était mieux avec Anne, hein ! » « Oh, pour ça, oui ! Et comment ! » Le cri du cœur. Les larmes m’en sont montées aux yeux. J’étais nulle, non, mais comment j’étais nulle avec mes grands principes. « Oh, mais pleure pas ! Pleure pas ! » Il est venu mettre ses mains sur mes épaules. « Si tu voulais… » Si je voulais… Je savais quoi. Et je l’ai dit. Oui. Tout bas, mais je l’ai dit. Oui. Ça l’a surpris. « Oui ? » « Oui ». Comment il a eu l’air heureux d’un coup ! Il a pas perdu de temps. Des fois que je me ravise. « Viens ! » Il s’est assis. Il m’a attirée sur ses genoux. Il m’y a installée. Et ça a d’abord été encore par-dessus mes vêtements, mais beaucoup plus fort que la première fois. J’ai un peu crié. Et puis il a relevé ma robe. Je n’ai pas essayé de l’empêcher. J’ai été tentée de le faire, mais je me suis retenue. Je l’ai pas empêché. Sur ma culotte, ça a été. Un peu aussi autour, sur les cuisses. Et là, comment ça faisait mal ! Il me sermonnait en même temps. Que j’étais une vilaine fille. Une petite capricieuse. Et pourquoi je voulais pas qu’il me la donne le derrière tout nu, la fessée ? Mais je voulais bien ! Maintenant je voulais bien. Il a tiré sur ma culotte alors. D’un coup. Il me l’a baissée. Et il m’a tapée toute nue. Les fesses. Partout. En haut. En bas. À droite. À gauche. J’ai crié. Et plus je criais, plus il tapait fort. J’ai gigoté. Il a coincé mes jambes entre les siennes et il a tapé plus vite. J’avais qu’une envie, c’est que ça s’arrête et, en même temps, j’avais qu’une envie, c’est que ça s’arrête jamais. Il ne m’a pas fait relever tout de suite. Il m’a gardée prisonnière entre ses cuisses. Il a écarté une mèche sur mon front. « Alors ? C’est pas mieux qu’avec tes cousines ? » « Oh, si ! » Je l’ai hurlé. Il a ri et il m’a fait mettre debout devant lui. Il m’y a gardé en me tenant, de chaque côté, la robe relevée haut sur les hanches. Avec ses yeux sur moi. Longtemps. « Tu mouilles ! » D’un coup il l’a dit. « Tu mouilles. »
Éléonore a soupiré.
– Moi aussi.
Et elle s’est mis les doigts.
Nous aussi.

lundi 5 août 2019

Entre cousines (4)



Tableau de Gerda Wegener

Le lendemain matin, quand je les ai rejointes dans leur chambre, elles étaient à la fenêtre. Elles le regardaient passer.
– Et dire qu’il t’en a donné une, de fessée !
Qu’il a fallu que je leur raconte encore.
– Mais je l’ai déjà fait dix mille fois !
– T’as peut-être oublié des détails.
Elles ont bu mes paroles, réclamé une précision ici, un éclaircissement là, ont commenté.
Et Éléonore a soupiré.
– Comment ça donne envie, n’empêche ! Tu trouves pas, toi, Alice ?
Alice aussi elle trouvait, oui ! Même si…
– Même si quoi ?
– Une fessée par lui, c’est vrai que j’aimerais bien, mais pas qu’il me mette toute nue. J’aurais bien trop honte.
Elle était de son avis, Éléonore.
– Forcément qu’on a honte.
Et, en même temps, pas du tout de son avis.
– C’est tellement bon, souvent, la honte.

L’après-midi, elles ont voulu qu’on aille s’installer sous la tonnelle.
– C’est sur son chemin. Il nous verra comme ça.
– Et peut-être que…
Il est passé. Il s’est contenté de passer. En nous saluant de loin.
Éléonore a constaté.
– Il s’occupe pas de nous.
Elle l’a regardé s’éloigner.
– Qu’est-ce qu’il est bien bâti, n’empêche ! Comment on doit se sentir toute petite quand il punit.
J’ai confirmé.
– Délicieusement toute petite, oui.

Il est passé et repassé. À plusieurs reprises.
– Il s’occupe toujours pas de nous.
– Et il s’en occupera pas.
– Il y avait qu’Anne qui l’intéressait en fait.

– Le v’là !
Il venait vers nous.
– Oui, le v’là !
Il s’est approché. Lentement. Très lentement.
Et s’est arrêté. Tout près.
– Alors ? Laquelle de ces demoiselles aujourd’hui ?
Elles sont restées muettes, les yeux baissés.
– Hein ? Laquelle ? Allez, Mademoiselle Alice…

Il l’a prise par la main, fait lever et elle l’a docilement suivi. On les a regardés s’éloigner. Disparaître.
– Bon, ben voilà ! Il y a plus qu’à attendre. Qu’elle revienne. Et qu’elle nous raconte.

Il y avait quand même quelque chose qui l’inquiétait un peu, Éléonore. Pas mal, même.
– Quoi donc ?
– Je vais sûrement y passer, moi aussi. Demain ou après-demain, ce sera mon tour.
Il y avait effectivement toutes les chances, oui. Et alors ?
– Alors, à ce que tu nous as raconté, quand t’étais à plat ventre sur ses genoux, tu la sentais toute dure contre toi.
– Et même qu’elle palpitait.
– Et t’as pas couché, tu dis ?
– J’ai pas couché, non.
– Je pourrais pas, moi. Résister. Je pourrais jamais. Je me connais. Si ça m’arrive à moi aussi, je vais me coller dessus. Je vais me presser contre. Je vais avoir envie. Je vais vouloir. Je vais devenir folle. Seulement…
– Seulement il y a Louis. Et tu veux pas le tromper.
– Voilà, oui !
Elle s’est levée d’un bond.
– Oh, et puis zut ! On verra bien. On n’y est pas encore.

lundi 29 juillet 2019

Entre cousines (3)



Tableau d’Henri Lebasque

– Alors ?
Elles se sont précipitées à ma rencontre.
– Alors ? Il te l’a fait ?
Oui, il me l’avait fait. Oui. Évidemment qu’il me l’avait fait.
– Pendant tout ce temps-là ? Eh ben, raconte, quoi ! C’était bien ?
– Bien ? C’était grandiose, vous voulez dire !
– Mieux que quand c’est nous ?
– Ça n’a rien à voir.
– Il te l’a fait, mais il te l’a fait… les fesses toutes nues ?
Éléonore s’est agacée.
– Forcément les fesses toutes nues. C’est pas une vraie fessée sinon. Oh, mais laisse-la raconter. Tu l’interromps tout le temps.
Bon alors… il avait voulu que je me déshabille.
– Tout entière ?
Ben oui, tout entière, oui. Et il m’avait regardée faire. Avec des yeux, mais des yeux ! Vous auriez vu ses yeux ! Et puis après, il m’avait attrapé les poignets. Les deux. Il m’avait couchée en travers de ses genoux, bien calée contre lui. Et il avait tapé. Tout doucement au début. Je sentais presque rien. Mais de plus en plus fort. Une fesse après l’autre. Vraiment fort. Tellement fort que j’avais pas pu m’empêcher de crier. Et de gigoter. De lancer les jambes dans tous les sens. Même qu’il avait été obligé de me dire de rester tranquille. Avec une voix en colère. Et que ça lui avait fait de l’effet parce qu’il était devenu tout dur contre ma cuisse d’un coup. Et à moi aussi ça en avait fait. De le sentir. De me dire que c’était le valet de chambre d’oncle Charles et qu’il était en train de me donner une fessée carabinée. Elle s’étendait partout la chaleur. Elle me rentrait dedans de tous les côtés. Et alors…
– T’as eu envie…
– Et pas qu’un peu.
– Et tu t’es mis les doigts. Comme on le fait des fois quand c’est nous.
– Même pas, non. C’est venu tout seul. Rien qu’à être contre sa cuisse.
– Il s’est rendu compte ?
– Ah, ben ça ! Vu comment ça m’a chavirée.
– Qu’est-ce qu’il a dit ?
– Rien. Il a rien dit. Il m’a juste laissé la main sur la fesse. Tout le temps que ça m’a duré. Et même après. On est restés comme ça un bon moment. J’étais bien. Si bien. Mais il a bien fallu que ça finisse par finir.
– Peut-être que vous recommencerez ?
– Si ça tenait qu’à moi…

Le soir, après dîner, elles m’ont rejointe dans ma chambre.
– Tu fais voir ?
Elles se sont penchées sur mon derrière, me l’ont examiné avec curiosité.
– C’est pas plus rouge que quand on se le fait, nous, finalement.
– Oui. D’un homme, moi, j’aurais pensé que ce le serait beaucoup plus.
– Non, mais attendez ! Il allait pas me le démolir non plus.
Non. Évidemment. Mais c’était vraiment si bien que ça ?
– Ça s’explique pas. Faut l’avoir vécu.
Oui, ben justement ! Justement. À m’entendre raconter, elle se serait bien laissé tenter, Éléonore.
Alice, elle, elle savait pas.
– D’un côté, ça me tente bien, mais de l’autre pas du tout.
Éléonore a soupiré.
– Encore faudrait-il qu’il nous le propose.
– Peut-être qu’elle lui a suffi, Anne.
– Qu’avec nous, ça lui dit rien.
– Oui, mais…

Je les ai laissé discuter. Je me suis levée. Je suis allée jusqu’à la fenêtre, dissimulée derrière les volets. Il allait passer. C’était son heure. Il allait passer.

lundi 22 juillet 2019

Entres cousines (2)



Tableau de Thomas Eakins

À nous de voir.
Oui, ben c’était tout vu, elle trouvait, elle, Alice.
– Parce qu’avec un homme, ce serait quand même pas pareil. Vous voudriez qu’il vous voie toutes nues, vous ? Mais je mourrais de honte, moi ! Sans compter qu’avec eux, on sait jamais comment les choses peuvent tourner. Ah, non ! Non ! Alors là, vous faites ce que vous voulez, mais moi, pas question.
Pour Éléonore aussi, c’était tout vu, mais dans l’autre sens. Parce qu’elle avait pas du tout envie, mais alors là pas du tout, que tout le monde soit au courant. Et surtout pas Louis, son amoureux.
– Il comprendrait pas. Il me trouverait vicieuse. Et il voudrait plus de moi.
Alors, à tout prendre, elle préférait encore, et de loin, en passer par les exigences de Lambert. Quoi qu’il doive lui en coûter.
– Parce qu’il mettra ses menaces à exécution sinon, je le connais.
Elles se sont tournées vers moi.
– Tu dis rien, Anne ?
Moi ? Oh, moi ! Moi, ce que j’en pensais, c’est que, finalement, ça devait pas être si mal que ça avec un homme. Et même sûrement mieux que juste entre filles. Que ça valait le coup d’essayer en tout cas.
– T’es folle ! Elle est complètement folle.
J’étais peut-être folle, mais ça les arrangeait bien.
– Parce que s’il en reparle…
– Et il en reparlera sûrement.
– Le mieux alors, ce serait que ce soit toi qui y ailles.
– Tu nous dirais comme ça.
– Oui… Et puis peut-être qu’une, ça lui suffirait finalement.

N’empêche qu’il était bel homme, le valet de chambre d’oncle Charles. Je le suivais discrètement des yeux tandis qu’il vaquait aux exigences de son service. Très bel homme. Et il avait de ces mains ! Elles me faisaient craquer, ses mains. J’y pensais le soir, dans mon lit. J’y pensais et je les imaginais s’abattant voluptueusement sur mon fessier, y laissant des marques rougeoyantes que je contemplais, les jours suivants, dans la psyché, avec ravissement.

C’est arrivé un mardi. On était toutes les trois dehors. Sous la tonnelle.
Il s’est approché.
– Alors ? Ces demoiselles ont réfléchi ?
Elles avaient réfléchi, oui.
– Et elles sont arrivées à quelle conclusion ?
Que s’il n’y avait pas d’autre solution…
Il n’y en avait pas, non. Et mieux valait battre le fer tant qu’il était chaud. Et donc. Donc…
– Par laquelle de ces demoiselles on va commencer ?
Éléonore et Alice se sont tournées vers moi. En même temps.
– Mademoiselle Anne, on dirait. Eh bien, venez, mademoiselle Anne !
Je suis venue. Je me suis levée et je l’ai bravement suivi. Même si je n’en menais pas large. Parce que ça paraissait facile de loin. C’était tentant. Séduisant. Très. Mais maintenant que j’étais au pied du mur…
Il m’a emmenée jusqu’au petit pavillon. Le domaine, depuis toujours, d’oncle Charles. Il en avait la clef. On est entrés.
– Et maintenant ?
Je n’ai pas soutenu son regard. J’ai baissé les yeux.
– Hein ? Et maintenant ?
Il a laissé le silence s’éterniser entre nous. Et puis…
– Je n’aurai pas la cruauté de vous imposer cette épreuve, mademoiselle Anne. Allez, rejoignez vite vos cousines.
– Oh, non !
Un cri. Sorti tout seul. Je suis devenue écarlate.
– Non ?
Il m’a soulevé le menton, du bout du doigt.
– Déshabille-toi alors !
Et je l’ai fait. Et je me suis regardée me déshabiller dans ses yeux.

(à suivre)

lundi 15 juillet 2019

Entre cousines



Ça a commencé parce qu’Alice a voulu lire la lettre qu’Éléonore avait reçue de son amoureux. Qu’elle a essayé de la lui prendre. Elles se la sont disputée en riant. Et, pour finir, Alice est tombée sur le lit et Éléonore lui a donné cinq ou six claques sur les fesses. Toujours en riant. Et a repris sa lettre.
Et puis, quelques jours après, ça a été moi. Sur les fesses d’Éléonore, cette fois. Parce qu’elle s’était servie, sans me demander, de ma bouteille de parfum. Toujours en riant.
Et c’est, très vite, devenu un jeu entre nous. On saisissait n’importe quel prétexte, on en inventait même, pour se mettre des claques sur les fesses. De plus en plus fort. Et de plus en plus longtemps. On aimait bien. Surtout Alice. C’était sans arrêt qu’elle voulait qu’on lui en donne.
– Ça me fait trop de drôles de choses.
On ne se faisait pas prier. Nous aussi, ça nous en faisait. D’en donner comme d’en recevoir.

Ce qu’elle se demandait quand même, Éléonore, c’est ce qu’on pouvait bien ressentir quand c’était sur les fesses toutes nues.
– Non, parce que c’est toujours à travers les habits qu’on se le fait.
Le mieux, pour savoir, elle trouvait que c’était encore d’essayer, Alice.
Oh, ben oui, pourquoi pas ? Entre cousines, on pouvait bien. Et puis personne le saurait n’importe comment.
Et on le lui a fait à Éléonore. Pas trop longtemps. Parce que ça devenait tout rouge. Mais elle a voulu qu’on continue quand même.
– Arrêtez pas ! Arrêtez pas !
Et qu’on tape plus fort. Bien plus fort.
– Allez-y ! Allez-y !
Elle en voulait, elle en a eu. De bon cœur on y est allées. Même qu’on en avait mal aux mains à force à la fin.
– Comment c’était trop bien, les filles !
Elle en avait la figure aussi rouge que le derrière.
– Vous devriez essayer…
Essayer ? On demandait pas mieux, nous.
Et Alice nous a offert son derrière. Qu’on a tambouriné à qui mieux mieux. Elle a gémi, elle a battu des jambes dans tous les sens, mais elle a pas voulu qu’on arrête non plus.
Moi aussi. Leurs mains se sont acharnées sur moi. Ça cuisait. Ça brûlait. De plus en plus au fur et à mesure qu’elles tapaient. Elle irradiait partout, la chaleur. Elle rentrait loin dedans. Elle s’étendait au large. C’était pas désagréable du tout. C’était même agréable. Très agréable. Très très agréable.

On a recommencé. Souvent. Presque tous les jours. Quand il y avait personne. Parce qu’on en faisait de plus en plus du bruit. En tapant, mais surtout en criant. Ou bien alors on allait à la grange. On était sûres d’être tranquilles là-bas. Sauf que ça s’est su quand même. Le valet de chambre d’oncle Charles. Un jour qu’on venait de se le faire. Qu’on était assises toutes les trois, les fesses brûlantes, sur le canapé, près de la cheminée. Il nous a capturées dans son regard. Et menacées du doigt.
– C’est très vilain ce que vous faites là, Mesdemoiselles ! Des grandes filles comme vous ! Vous n’avez pas honte ?
On est devenues écarlates.
– Vous mériteriez d’être punies pour ça.
Il s’est retourné sur le pas de la porte.
– Vous le serez d’ailleurs. À moins que vous ne préfériez que tout le monde soit au courant ? À vous de voir…

(à suivre)

lundi 8 juillet 2019

Réception



Tableau de Sir Henri Cole

– Laquelle ?
– Celle du bout là-bas. En robe blanche à reflets roses.
– Tu sais qui c’est ?
– Non.
– La femme de Pérochon, le conseiller général.
– Ah, ben d’accord !
– Et tu dis que…
– Qu’elle était là la semaine dernière, oui. L’après-midi. Chambre 340. Avec un tout jeune homme. Vingt ans tout au plus. Et ça donnait. Pour donner ça donnait.
– Tu es sûr que c’est elle ?
– Absolument certain.
– Et il faut que ce soit comme par hasard justement ici, dans ton établissement où elle est venue s’envoyer en l’air, à cent kilomètres de chez elle pour ne pas être reconnue, que le député choisisse de donner sa réception. C’est vraiment pas de chance, avoue ! Elle doit être dans ses petits souliers.
– Elle l’est. Elle évite soigneusement de croiser mon regard.
– Et pour cause ! Alors comme ça, tu dis que ça donnait…
– Et pas qu’un peu ! Elle beuglait comme une perdue. Ça résonnait dans tout l’hôtel. Mais c’est pas tout. Il y a pas que ça ! Elle s’est pris, en hors d’œuvre, une fessée monumentale.
– Non !
– Eh, si ! Et je peux te dire que, vu comment ça lui claquait sur le derrière, elle a dû garder les marques un sacré moment.
– T’avais l’oreille collée à la porte, je suis sûr !
– Je ne répondrai qu’en présence de mon avocat.
– Ben, voyons !
– Bon, mais c’est pas tout ça ! En tant que directeur de cet établissement, je me dois d’aller saluer un à un les convives et m’assurer que tout va bien.

– Alors ?
– Ils sont satisfaits.
– Tu t’es attardé avec cette dame un peu plus longtemps qu’avec les autres.
– Oh, à peine.
– Et tu lui as dit quoi si c’est pas indiscret ?
– Je lui ai demandé si elle n’avait pas trop chaud.
– Elle a compris l’allusion ?
– Bien sûr que oui ! D’autant que j’ai ajouté qu’elle serait toujours la bienvenue dans mon hôtel.
– Et elle a réagi comment ?
– Elle m’a remercié. Qu’est-ce qu’elle pouvait faire d’autre ?
– Elle reviendra ?
– C’est peu probable. Quoique… il y a certaines femmes avec lesquelles on peut s’attendre à tout.

lundi 1 juillet 2019

À ce qu'il paraît…




Tableau de Charles-Edmund Tarbell

– Vous savez pas ce que j’ai appris ?
– Non. Quoi donc ?
– Mais vous le répéterez pas ?
– Bien sûr que non ! Tu nous connais. Ça sortira pas d’ici.
– Eh bien, la Jeanne Delmont…
– La femme du notaire ?
– Elle-même. Jamais vous iriez imaginer… Elle s’est fait prendre.
– Prendre ?
– À voler.
– Non !
– Jeanne Delmont ! C’est pas possible !
– Eh, si ! De source sûre je le sais. À Paris ça s’est passé. La semaine dernière. Chez un joaillier.
– Alors ça !
– Et pour des sacrées sommes il y en avait, à ce qu’il paraît.
– Non, mais qui aurait pu aller penser une chose pareille ? Jeanne Delmont !
– Et c’est pas tout ! Vous savez le plus beau. Parce qu’il voulait porter plainte, le bijoutier. Pas moyen de l’en faire démordre.
– Ce qu’on peut comprendre.
– Il n’y a finalement renoncé, après d’interminables palabres, qu’à la condition qu’en contrepartie elle se laisse punir.
– Punir ? Comment ça, punir ?
– Une fessée !
– Non !
– Eh, si !
– Et elle a accepté ?
– Elle n’avait pas vraiment le choix. Parce qu’un procès dans sa situation, avec son mari notaire… Sans compter que vous les connaissez les gens ici. Ils auraient parlé. Ils ne s’en seraient pas privés. Et ça lui serait revenu sans arrêt en pleine figure.
– Et donc…
– Elle s’en est ramassé une bonne, oui. Et les fesses à l’air, s’il vous plaît… Même qu’elle a pas été très courageuse, à ce qu’il paraît. Elle hurlait comme une perdue et elle battait des jambes dans tous les sens. Faut dire aussi que le joaillier, il y allait de bon cœur.
– Mais d’où vous savez tout ça?
– Le monde est petit. La sœur du mari de ma cousine, celle qu’est montée à Paris, elle y travaille dans cette bijouterie. Alors !
– Je la plains quand même, la pauvre femme ! Ça a dû être une rude épreuve.
– Ah, ça, sûrement ! Mais, d’un autre côté, faut reconnaître : elle l’avait bien cherché.
– Et mérité.
– Ça lui aura rabattu un peu son caquet. Parce que c’est insupportable, ces grands airs qu’elle se donne en permanence.
– Et qu’elle continuera à se donner, faut pas se faire d’illusions.
– En tout cas, moi, maintenant, je vais la voir d’un autre œil.
– Ah, ça, moi aussi !
– Et je peux vous dire que dorénavant, quand elle viendra chez moi, je vais la surveiller comme le lait sur le feu. Alors là !

lundi 24 juin 2019

Au lit



Tableau de Jacques Wely

Dans mon demi-sommeil, je l’entends. Je l’entends de l’autre côté de la cloison. Notre voisin. Le petit étudiant. Beau comme un cœur. Et rougissant comme une adolescente. Je l’entends. Il s’est douché. La cafetière a crachoté. Le micro-ondes a vrombi. Maintenant il est sagement assis à son bureau. Il a mis la musique en sourdine. Pour ne pas me réveiller. Il ne faut surtout pas qu’il me réveille. Il ne faut surtout pas que je me lève. Parce que si, à dix heures tapantes, quand Christophe va rentrer, je ne suis pas levée, je vais me prendre une fessée. Il le sait. Carabinée. Une fessée dont il va pouvoir suivre tout à loisir les péripéties, le cœur battant, l’oreille collée à la paroi.

Plus que dix minutes. Il doit prier tous les saints du paradis. Pourvu qu’elle ne se lève pas. Pourvu… Pourvu… Je le fais quelquefois. Je m’extirpe des couvertures. Au dernier moment. En riant sous cape. Comme il doit être déçu !
Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui j’ai décidé d’être gentille. Bonne fille. Je vais attendre, bien calée dans mes oreillers, le retour de Christophe. Et ma fessée. Je tousse. Je me retourne dans mon lit. Qu’il entende le sommier grincer. Qu’il se rassure : Non. Non. Elle n’est pas levée.

La porte. Et Christophe.
Un petit coup d’œil dans la direction de la cloison.
Il a compris. Et il explose.
– Non, mais c’est pas vrai ! C’est pas vrai que t’es encore au pieu !
– Je me lève, Christophe. Je me lève.
– Il est bien temps ! Tu devais pas aller chercher du travail ?
– Si ! Mais j’y vais ! J’y vais !
– J’espère bien, mais d’abord…
– Non ! Non ! Pas la fessée ! Ah, non, hein !
– Ah, si ! Et comment ! Parce que j’en ai assez, figure-toi ! Assez de faire les postes, de me crever la nuit au boulot alors que toi, tu te prélasses toute la sainte journée au lit.
Et il m’empoigne. Me force à me tourner sur le ventre.
J’entre pleinement dans mon rôle. Je me débats. Je vocifère. Je proteste. Je supplie. Je menace.
Lui aussi, il est dans le sien. Il relève ma chemise de nuit.
– Non, Christophe, non !
Il me découvre les fesses. Et il tape. Ça tombe dru. Bien claquant. Bien sonore. Sûr que l’autre à côté il doit entendre.. Et se régaler. Il a beau avoir une belle petite gueule d’ange à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession, pas besoin de t’en faire qu’il est quand même comme les autres. Qu’elle doit être dressée toute droite sa queue. Qu’il doit s’acharner dessus comme un perdu. Et qu’il va jouir. Pour moi. Grâce à moi.
Je piaule de plus belle. Je m’époumone tant que je peux.
– Ça fait mal ! Oh, que ça fait mal !
Et tellement de bien. C’est tout trempé entre mes cuisses.

lundi 17 juin 2019

Réprimande



Tableau de Carl Larsson

Elle fond sur moi. Elle est furieuse.
– C’est inadmissible, Mélanie. Inadmissible !
Je baisse la tête.
– Eh, bien ! Dites quelque chose au moins !
– Je demande pardon à Madame.
– Vous demandez pardon. Ah, c’est facile. Ah, c’est commode. Mais c’est loin, c’est très loin d’être suffisant.
– Je supplie Madame…
Elle hausse les épaules.
– Vous en prenez beaucoup trop à votre aise ces derniers temps. Il faut que cela cesse.
Et elle me couvre d’une infinité de reproches. Mon travail laisse, ô combien !, à désirer. Mon comportement aussi.
– Vous devenez insolente. Vous répondez…
– Madame…
– Taisez-vous ! Je crois qu’il va malheureusement falloir que nous nous passions de vos services.
Je tombe à genoux.
– Que Madame me punisse, je l’en conjure, mais que Madame me garde !
– Vous me demandez là une faveur que vous êtes bien loin de mériter.
– Madame est si bonne…
Elle fléchit. Je la sens fléchir.
– Il faut vous reprendre, Mélanie. Il faut absolument que vous vous repreniez.
– Je promets à Madame de m’y employer.
Elle fléchit de plus en plus.
– Ne vous estimez pas quitte pour autant.
Je sais. Et je sais ce qu’il me reste à faire.
Je me lève. Je m’agenouille. Je relève ma robe. Je lui tends ma croupe.
– Que Madame me punisse ! Je l’ai mérité.
Elle reste un long moment derrière moi, silencieuse. Finit par m’y lancer une petite claque.
– Vous n’y couperez pas ! Mais nous allons attendre le retour de Monsieur.
– De Monsieur !
– Y verriez-vous un inconvénient ?
Si ! Oui. Mais non.
– Non, Madame ! Non.
– Alors, parfait !

Je prends le pardessus de monsieur. Son chapeau. Il me soulève le menton du bout du doigt.
– Vous avez encore fait des vôtres, à ce qu’il paraît, Mélanie.
Je baisse les yeux, confuse.
– Oui, Monsieur !
– Vous savez que ce n’est pas bien du tout !
Je sais, oui.
Et Madame ordonne.
– Allons ! En position !
J’obéis. Mes fesses à nu. Tendues. Ma robe maintenue bien haut. Des deux mains.
Et elle cingle. À tout-va.
Je me mords les lèvres pour ne pas crier.
C’est long. Ça dure.
Monsieur intervient.
– Plus fort, ma chère ! Plus fort ! Si vous voulez que la leçon porte.
Plus fort. Beaucoup plus fort. Ça mord. Ça entame. Je crie. Je gigote. Je me tortille. Sans la moindre pudeur.
Ça s’arrête d’un coup.
Ils me laissent là. Ils s’en vont. Précipitamment. Sans un mot.

Dans la chambre, à côté, il y a d’abord ses gémissements à elle. Ses plaintes éperdues. Puis ses rugissements à lui. Rauques. Bestiaux.
C’est à moi qu’ils doivent leur plaisir. À moi.
Ils recommencent.
Ma main s’égare entre mes cuisses. Et je les accompagne.

lundi 10 juin 2019

Après-midi d'été (2)

Edmund Tarbell. Rêverie (1913)

Merci, ma Violaine. Merci, merci et encore merci. Ce portrait de toi que tu m’as fait apporter est absolument magnifique. Je ne me lasse pas de le contempler. Je reste plantée des heures durant devant. Le peintre a parfaitement su restituer l’une des expressions de toi que je préfère. Quand tu te perds dans tes pensées. Qu’elles t’emmènent je ne sais où. À moins que je ne sache trop bien où au contraire. Et c’est un peu comme si tu étais là, en permanence, à mes côtés. Si seulement c’était vrai !

En ce qui concerne ma lettre de la semaine dernière, je suis sûre que tu brûles de savoir si Marthe l’a lue. Ça ne fait pas, pour moi, l’ombre d’un doute. Pourquoi ? Écoute ! Après l’avoir cachetée et confiée à Célestin, j’ai voulu rester encore un peu avec toi. Je suis donc descendue jusqu’à l’orangerie où nous avons, cet été, fait tant de folies toutes les deux. J’y étais presque parvenue quand il m’a semblé entendre des gémissements. Je me suis arrêtée. J’ai dressé l’oreille. Non, je n’avais pas rêvé. Quelqu’un gémissait. Une femme. Une femme qu’on frappait, à intervalles réguliers, à grands coups de lanière. Avec une ceinture. Ou un martinet. Je me suis discrètement approchée. C’était Marthe. Elle s’était dénudé le dos et les fesses et se fouettait à tout va. Je suis restée là à la regarder faire, fascinée jusqu’à ce que, dans un dernier cri, elle s’affaisse au sol et y reste longuement prostrée. J’ai fini par m’éclipser. Tu imagines dans quel état d’esprit. Marthe ! Marthe ! Si je m’étais attendue…
Elle a fait sa réapparition, au petit salon, une bonne demi-heure plus tard. Tranquille. Sereine. Exactement comme si de rien n’était.

Tu vois bien qu’il est plus que probable qu’elle ait lu ma lettre. Une lettre qui a suscité en elle des désirs qu’il lui a fallu aller assouvir sur-le-champ. Mais pourquoi à l’orangerie ? Je l’évoque certes dans ma missive. Ce qui a pu lui en donner l’idée. Mais il y a peut-être une autre explication. Et si, cet été, elle nous avait espionnées ? Sans que, n’étant occupées que de nous-mêmes, nous nous en soyons aperçues ? C’est plausible après tout. Si elle allait désormais régulièrement nous retrouver là-bas ? Nourrir les coups qu’elle s’octroie généreusement de ceux dont elle t’a vue presque quotidiennement me gratifier ?

Je t’imagine, là, en ce moment, en train de me lire. Tu as dans les yeux cette petite lueur sombre si caractéristique des moments où tu te fais rapace. Tu salives. Les pointes de tes seins se dressent. Tu as des fourmillements dans les mains. Tu nous vois, Marthe et moi, agenouillées côte à côte à tes pieds, le derrière pointant en l’air, prêtes à recevoir de concert la correction que tu as décidé de nous infliger. Et tu nous claques. Tu nous fouettes. Avec ferveur. Avec jubilation. Nos cris t’excitent. Nos plaintes t’enflamment. Tu nous veux. Toutes les deux. Tu veux notre plaisir. Tu veux le tien. Tu nous abreuves de tes caresses. L’une comme l’autre. Autant l’une que l’autre. Tu me jettes, de temps à autre, un regard de côté. Non, Violaine, non, ma chérie, je ne suis pas jalouse. Je suis heureuse de ton bonheur. Quel qu’il soit. D’où qu’il vienne.

Marthe vient d’arriver derrière moi. À pas de loup. De se pencher par-dessus mon épaule. D’y poser une main. Elle lit ce que je t’ai écrit. Je ne l’en empêche pas. Ses cheveux me chatouillent la joue. Elle se penche à mon oreille.
– On va là-bas ?
Tant de supplication dans sa voix.
On va y emporter ton portrait.


(à suivre)

lundi 3 juin 2019

Après-midi d'été.

Edmund Tarbell, 1908, Joséphine and Mercie

Ma Violaine, ma petite Violaine chérie,

Tu me manques. Si tu savais ! Pas une heure de la journée où je ne pense à toi. Pas une heure de la journée que je ne passe avec toi. Nous nous promenons ensemble sous les frondaisons. Nous nous donnons le bras. Ou la main. Nous nous murmurons, complices, nos secrets à l’oreille. Nous sommes pris d’interminables fous rires.

Pas une heure de la nuit non plus. Malgré la présence de Charles à mes côtés. Tu me rejoins silencieusement. Nous échangeons des baisers. Nous nous couvrons de caresses. Nos lèvres se cherchent. Les pointes de mes seins se dressent contre les tiennes. Mes fesses sont toutes chaudes encore, et toutes endolories, de la fessée que tu m’as donnée dans la matinée. Nous haletons. Nous nous fouillons d’une langue impatiente. Nous sommes l’une à l’autre. Nous nous épuisons de plaisir. Au risque qu’il se réveille et qu’il nous surprenne. Mais non. Non. Il ne se rend compte de rien. Il ne se doute de rien. Il dort. Je suis toutefois constamment sous la menace. Avec toi. Pour toi. Et ça me rend profondément heureuse.

C’est toi qui m’a appris à jouer avec le feu, ici, dans le parc, cet été. À mourir de la peur d’être découverte et, en même temps, à m’enivrer de cette peur. À éprouver, à la ressentir, un plaisir insensé. Incomparable. Quels risques inconsidérés nous avons pris toutes les deux ! Rappelle-toi nos après-midis près de la volière. Mes cris quand les claques dont tu me martelais le derrière me rendaient toute pantelante de désir. N’importe qui aurait pu surgir à n’importe quel moment. Charles. Ou sa sœur. Voire même un domestique. Cela ne nous dissuadait en rien. Bien au contraire. Notre plaisir n’en était que plus intense encore. Et l’orangerie ! Quelles folies nous y avons faites ! Quels bonheurs nous y avons éprouvés. Quels délices tu m’y as fait découvrir !

Jouer avec le feu. Je continue. On continue. Installée à mon secrétaire, je t’écris. De temps à autre, je contemple discrètement ton portrait. Ou bien je serre contre mon cœur la mèche de cheveux que tu m’as laissée te dérober. Marthe, la sœur de Charles est là, tout près, absorbée dans sa lecture. Tout-à-l’heure, elle s’est inopinément levée. Elle est passée derrière moi. Dans un sens, puis dans l’autre. J’ai paré, avec succès, au plus pressé. Mais, à tout moment, il peut lui prendre la fantaisie de recommencer sans que j’aie, cette fois, le temps de réagir. Et sans, surtout, que je le puisse : ce serait admettre que j’ai quelque chose à dissimuler. Qu’elle jette alors, au passage, un coup d’œil par-dessus mon épaule, qu’elle saisisse un mot, une bribe de phrase et elle risquerait d’éventer notre secret. C’est une perspective qui m’effraie, mais qui m’excite aussi terriblement. Comme avant. Comme cet été. À tel point que je suis maintenant tout inondée des liqueurs de Vénus. Quelle vilaine femme je fais, n’est-ce pas ? Tu serais là, tu me punirais. Je te vois. Je t’imagine. Tu prendrais cet air sévère que j’aime tant. Tu m’ordonnerais de me déshabiller et je t’obéirais. Sans la moindre hésitation. Je serais nue pour toi. Je m’abandonnerais à tes mains qui m’offriraient ces si délicieuses souffrances. Qui me rendraient heureuse.
Marthe vient de se lever. Elle s’est dirigée vers moi avant de se raviser et d’aller se pencher à la fenêtre. De revenir s’asseoir. « Quelle belle journée ! On a tort de rester enfermées. » Comment réagirait-elle si elle surprenait notre secret ? Je n’en ai pas la moindre idée. Elle est si secrète, Marthe. Et si imprévisible. Est-ce qu’elle irait-elle tout révéler à Charles ? Est-ce qu’elle feindrait de ne s’être aperçue de rien ? Est-ce qu’elle viendrait m’en parler ? Oh, mais on va savoir. Parce que tu sais ce que je vais faire ? Je vais disparaître quelques instants en laissant ma lettre bien en vue sur mon secrétaire. Lira ? Lira pas ? Je suis folle, hein ? À cause de toi. Grâce à toi.


(à suivre)

lundi 27 mai 2019

La toilette de la comtesse


Frédéric Bazille. La toilette, 1870

On était en train de procéder, comme tous les matins, à la toilette de Madame la Comtesse, quand il y a eu tout un tumulte en bas. Des cris. Des cliquetis de ferraille.
On s’est interrompues.
– Poursuivez !
– Mais, Madame la comtesse, ce sont très certainement…
– Les troupes de Kadowski, oui. Et alors ? Est-ce une raison pour changer quoi que ce soit à nos habitudes ?
Natta s’est mise à trembler de tous ses membres.
– Qu’allons-nous devenir ? Nous sommes seules, sans défense. Tous les hommes sont partis combattre.
– Raison de plus pour montrer à l’ennemi qu’il ne nous effraie pas. C’est notre seule chance de salut.

Il y a eu des pas précipités dans l’escalier. Madame la comtesse a posément voilé sa nudité. La porte s’est violemment ouverte. Kadowski et quatre hommes en armes se sont avancés jusqu’au milieu de la pièce. Il a crié quelque chose, dans sa langue, et elle lui a répondu.
Les hommes ont fouillé partout. Ils ont ouvert les tiroirs, soulevé les tentures, vidé les coffres. Sans trouver ce qu’ils cherchaient. Ce qui a rendu Kadowski fou furieux. Il s’est mis à hurler. À vociférer. Madame la comtesse faisait non de la tête. Non. Non. Et encore non.
Il a hurlé un ordre et deux des soldats ont voulu s’emparer d’elle. Par le bras. Chacun d’un côté. Elle s’est dégagée, avec détermination. Elle s’est levée, a laissé tomber son voile et s’est avancé, nue, vers Kadowski qui a encore aboyé quelque chose.
Elle s’est agenouillée.
Les deux soldats ont détaché leurs ceinturons. Et ils ont frappé. Ensemble. À tour de bras. Ça s’inscrivait, chaque fois, en longues traînées pourpres, sur la peau de son dos et de ses fesses. Elle n’a pas crié. Elle n’a pas gémi.
Kadowski a fait signe d’arrêter. Lui a posé une question.
Encore non. Non. Et non.
Les coups ont repris de plus belle. Le sang a perlé.
Quand ils sont repartis, elle n’avait pas cédé.
Elle est retournée s’asseoir.
– Reprenons ma toilette. Ils ne reviendront pas.


lundi 20 mai 2019

Défilé militaire (5)


Tableau de Bertalan Karlovski

Elle a longuement hésité devant la porte, levé la main vers la sonnette, renoncé. Recommencé. Deux fois. Trois fois. Penché à la fenêtre, je l’ai regardée s’éloigner, lentement, tête basse. Très lentement. Une vingtaine de mètres. Une trentaine. Elle s’est arrêtée, est revenue sur ses pas.

– Entrez !
– Je ne vais pas rester. C’est une folie.
Mais elle est entrée.
– Donnez !
Son sac. Sa veste. Que j’ai déposés sur la petite table, près de la fenêtre.
– Asseyez-vous, je vous en prie…
Du bout des fesses. Sur le bord du canapé.
– Juste un moment alors !
J’ai pris place à ses côtés.
– Alors ? Depuis hier ?
Ses doigts se sont crispés sur le rebord de sa robe.
– Vous avez repensé à notre petite conversation ? Vous ne dites rien ? Bien sûr que vous y avez pensé. Et vous n’avez pas fait qu’y penser.
J’ai pris sa main entre les miennes. Pressé ses doigts. Caressé l’extrémité de son majeur, du bout du pouce.
– Vous vous êtes rendu une petite visite, avouez !
Elle a rougi, m’a précipitamment retiré sa main.
– Avouez ! En compagnie de tous ces beaux militaires que vous avez secrètement contemplés, dissimulée derrière votre rideau, l’autre jour. Vous savez que c’est mal ? Très très mal ?
– Oui.
Dans un souffle, les yeux baissés.
– Et que vous méritez d’être punie pour ça.
– Oui.
– D’ailleurs, vous allez l’être.
J’ai repris sa main. Elle me l’a abandonnée.
– Vous allez l’être. Comme la petite gamine vicieuse que vous êtes.
Elle a frissonné.
Je l’ai doucement fait lever.
– Dévêtez-vous ! Allez !
Elle s’y est docilement résolue, sans un mot, lentement, en me tournant le dos.
La robe est tombée.
Elle s’est interrompue.
– Eh bien ?
– Je… Ça me coûte. Beaucoup.
– Je sais. Et c’est très bien ainsi.
Elle a soupiré.
– Est-ce vraiment nécessaire ?
– Si vous ne voulez pas aggraver votre cas, oui. C’est indispensable.
Elle a encore soupiré. Et elle s’est décidée. D’un coup. Elle a tout retiré. Et elle est restée là, toute nue, sculpturale, à attendre.
Je me suis approché. Tout près. Ma main a effleuré son épaule.
– C’est mérité. Je veux vous entendre dire que c’est mérité. Parce que vous avez été très vilaine.
– C’est mérité. J’ai été très vilaine.
– Vous ne le ferez plus ?
– Non.
– Vous mentez. Et vous le savez très bien. Vous le referez. Ce sera le martinet pour la peine.
Un tremblement l’a parcourue toute.

J’ai fait courir les lanières, en caresses, tout au long de son dos, puis de ses fesses. De la raie entre ses fesses. Elle s’est crispée, dans l’attente du premier coup. Que je lui ai longuement fait attendre. Que j’ai fini par lancer. À toute volée.
Elle a crié.
Un autre. Un peu plus fort. Elle a pris appui, des deux mains, contre le mur.
Une dizaine d’autres. À intervalles irréguliers. Imprévisibles. Elle gémissait, chaque fois, et projetait son bassin en avant.
Je me suis interrompu.
– On va s’en tenir là.
Elle n’a pas bougé. Elle est restée en position.
– À moins que…
Ses fesses se sont imperceptiblement tendues vers moi.
– Vous en crevez d’envie en fait.
Se sont tendues un peu plus encore.
J’ai repris.
Jusqu’à ce que son plaisir surgisse. Et qu’elle le clame. À pleine voix.