samedi 30 août 2014

Le Centre (73)



– Allô… Pauline ? Je te réveille ?
– Ah, oui… Oui… À trois heures du matin tu me réveilles, oui… Mais qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui se passe ?
– Faut que je te demande un truc… Faut absolument que je te demande un truc… C’est hyper important…
– Ben, vas-y ! Mais dépêche-toi ! Je tombe de sommeil…
– Quand on éteint l’écran de l’ordi, mais qu’on oublie de fermer la cam, l’autre, à l’autre bout, il peut quand même continuer à voir ?
– Et tu me déranges au milieu de la nuit pour ça ?
– Réponds-moi, je t’en supplie…
– Ben, évidemment qu’il peut… Je comprends même pas que tu poses la question…
– Je m’en doutais… Ouais… Je suis foutue, quoi ! Je suis morte…
– Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
– C’est que tu sais… Léo… Le petit jeune en interim qu’ils ont mis aux expéditions… Je t’en ai bien parlé…
– Écoute, Jessica, s’il te plaît, sois gentille ! On déjeunera ensemble demain à midi si tu veux… Et tu me raconteras tout ça… Mais là faut vraiment que j’aille dormir… Je suis crevée d’une force…


– Excuse-moi pour cette nuit… Mais j’étais complètement paniquée… Et à part toi qui j’aurais pu appeler ?
– J’y ai gagné d’avoir la tête dans le cul toute la matinée… Mais bon… On est samedi… J’ai tout le week-end pour récupérer…
– Oui… Bon, mais alors, comme je te disais… Leo… Un petit collègue… Qu’est pas désagréable comme garçon… Qu’est branché musique à fond… Et qu’a entrepris de me faire partager sa passion pour la country… Qu’a fini, à la longue, par me demander comme amie sur Facebook… J’avais pas vraiment de raison de refuser… Et du coup, de temps en temps, quand il me voit connectée, il me fait signe et on se taille une petite bavette… On discute musique… États-Unis… Piercings… Tatouages… Un peu de tout… C’est ce qui s’est passé hier soir… Sauf qu’à un moment on a sonné… « Je sais pas ce que c’est… Bon, ben j’te laisse… Je vais voir… À lundi, au boulot… » Et j’ai éteint l’écran… Dans ma précipitation seulement l’écran… Et j’ai filé ouvrir… C’était ma voisine : le facteur avait laissé un colis pour moi… Le temps de boire un café avec elle et je suis revenue me coucher… Sans plus penser à l’ordi… C’est dans la nuit que ça m’est revenu… Que ça m’a réveillée en sursaut… Que j’ai foncé voir…
– Il était encore connecté ?
– Non… Mais ça veut rien dire… Ça veut pas dire qu’il avait coupé tout de suite…
– Bon, mais au pire… Il t’a regardée te déshabiller, c’est ça ? Il t’a vue à poil ? C’est vrai que c’est gênant… Surtout un collègue… Mais c’est pas une catastrophe non plus… Au jour d’aujourd’hui…
– Oui, mais non… Il y a pas que ça…
– Ah…
– Hou la la… Quand j’y pense…
– Il y a quoi de si terrible ? T’as fait un peu joujou toute seule sur le lit ?
– Pas ça, non… Pire…
– Pire ? Je vois pas…
– Mais si ! Ho la la ! Comment c’est pas facile à dire… Même si je sais qu’avec toi… Parce que c’est le genre de truc… Disons que des fois j’aime bien me… Avec un martinet… Ou une cravache…
– Ah, oui ! D’accord… Là, c’est plus vraiment la même chose…
– Non… Surtout qu’après je passe un temps fou à me regarder les marques dans la glace… Qu’elle est en plein en face de l’ordi la glace… Et que, comme par hasard, hier soir j’y ai passé encore plus de temps que d’habitude…
– Je vois…



– Ah, je suis dans de beaux draps, ça, c’est sûr… T’imagines s’il a fait des captures d’écran… Ou seulement s’il raconte… La honte !
– Oui… Enfin, d’un autre côté, il y a rien de sûr… Si ça tombe il a déconnecté dès que t’as été partie…
– C’est tout le problème… Je peux pas avoir de certitude… Ni dans un sens ni dans l’autre…
– À ta place, moi, j’irais faire un tour sur Facebook… Dès que possible… Et s’il y est…
– J’engage la conversation : « Bon, mon petit Léo, j’ai une question à te poser… Est-ce qu’hier soir tu m’as vue à l’œuvre ? En train de me cingler allègrement les fesses ? Et alors ? T’en as pensé quoi ? Ça t’a plu ? » Non, mais t’es vraiment pas bien, toi, hein, par moments…
– Non… Évidemment pas… Mais ça te permettrait de te faire une idée… De voir s’il y a quelque chose de changé… Dans son comportement… Dans sa façon d’être avec toi… Des fois il suffit de pas grand’chose…
– Oui, ben ça je verrai lundi… Jusque là… J’ai bien trop la trouille, attends !

( à suivre…)
 

mardi 19 août 2014

La petite vendeuse (21)

– Non, mais écoutez ! Écoutez ! C’est pas vrai qu’ils remettent ça ! Mais si, si ! C’est reparti pour un tour… Ils sont vraiment insatiables, hein, tous les deux… Faut croire que ça leur a pas suffi de cette nuit… Et pourtant ! Parce que comment ça a donné… Bon, ben moi, en attendant, je descends ouvrir… Vu comment c’est parti pas la peine que j’attende après elle… Et, de toute façon, elle sera pas en état… Quant à vous, soyez sage, hein ! Sinon…


Aliane est sortie de la chambre en bâillant et en s’étirant…
– Et évidemment vous, vous êtes là… Derrière la porte… Mais ça, j’aurais dû m’en douter… Eh bien, allez-y, entrez ! Allez le rejoindre… Des fois qu’il ait envie de vous… On sait jamais… Ben alors ! Qu’est-ce que vous attendez ?
– Les restes des autres, j’en veux pas…
– Oh, mais c’est qu’on se rebellerait ? Il y a longtemps que vous vous êtes pas fait tambouriner le derrière, c’est ça ? Ça vous manque ? S’il y a que ça pour vous faire plaisir, c’est de bon cœur, vous savez ! Tiens, v’là Stéphane qui rapplique… Il veut pas louper ça… Bon, ben allez ! Mettez-nous ce petit derrière à l’air… Voilà ! Et, tenez, je vais être sympa avec vous… Je vais vous laisser le choix des armes… Qu’est-ce que ce sera pour Madame ? Le martinet ? La cravache ? La ceinture ? La canne ? Non ? À la main alors peut-être… Eh bien ? J’attends…
– La ceinture…
– Excellent choix ! Et regardez la tête de Stéphane… Lui aussi, il trouve… Il est ravi… Tu vas nous chercher la tienne de ceinture, mon grand ? Ce n’en sera que meilleur…
Il ne se l’est pas fait répéter deux fois…


Elle a cinglé… Une dizaine de coups… À toute volée… Et puis d’autres… Plus espacés… De plus en plus espacés…
– Elle a une belle voix, hein ! Oh, mais c’est que ça t’a remis en forme, toi, dis donc ! Et pas qu’un peu ! Regardez ! Non, mais regardez-moi ça ! Vous avez vu ? On peut quand même pas le laisser dans cet état-là… Ce serait criminel… Je m’en occupe… Et vous, bougez pas ! Restez comme ça ! Le derrière en l’air… Qu’il en profite bien…
Ça s’est agité… Le canapé a remué… Elle a gémi… Crié son plaisir… Et puis lui…
– Là… C’était bien, hein ? Vous avez apprécié, j’espère…
Et elle m’a gratifiée d’une petite claque sur les fesses…


– Le repas est pas prêt ! Mais qu’est-ce vous avez fichu ?
– Non, mais c’est parce que…
– Je veux pas le savoir… Le repas doit être prêt quand je remonte du magasin… Un point, c’est tout… Attendez ! Faites voir ! Tournez-vous ! Qu’est-ce que c’est que ça ?
– C’est Aliane…
– Vous aviez encore fait des vôtres, hein, c’est ça ?
– Mais non, mais…
– Bien sûr que si ! Bon, mais on va voir ça… Elle est où ?
– Je sais pas… Partie… Avec Stéphane…
– Eh bien on va attendre qu’elle soit rentrée… Et vous en flanquer une deuxième… Pour vous apprendre à ergoter sur tout, comme ça, sans arrêt…


– Elle a été impossible, hein ?
– Ah, ça, tu peux le dire…
– Mais le plus beau, c’est qu’elle voulait encore avoir raison… Me prouver, par a plus b, que c’était pas mérité…
– Ce qu’il faut pas entendre… Tu l’as pas crue, j’espère…
– Bien sûr que non ! Et quand bien même ! Quand bien même ça aurait pas été mérité… Et alors ? La belle affaire !

mardi 22 juillet 2014

Le Centre (72)



– Tu le pensais pas vraiment, hein ?
– Quoi donc ?
– Ce que t’as dit tout à l’heure quand on la tournait la scène de la fessée…
– Peut-être que non… Peut-être que je suis une excellente actrice… Qui fait totalement corps avec son rôle… Qui devient vraiment le personnage qu’elle joue… Et puis peut-être que oui… Que je vois clair dans ton jeu… Beaucoup plus que tu ne crois… Et que la façon inadmissible dont tu te comportes avec Kevin…
– Mais non ! Mais pas du tout ! Qu’est-ce que tu vas chercher ?
– Peut-être que ça fait des mois et des mois que ça me démange de t’en coller une… Et carabinée… Que je me suis entendue avec Sandra pour que ce soit moi qui te le chauffe ton petit derrière… Et que ça m’a fait le plus grand bien… Que ça m’a défoulée…
– Mais non, hein ! J’te jure ! J’te jure, Violaine… Il y a rien avec Kevin… Il y a rien du tout…
– Il y a rien, non… Mais tu crèves d’envie qu’il y ait… C’est pas vrai peut-être ? Sois honnête !
– Kevin est quelqu’un que j’apprécie beaucoup… Quelqu’un d’intelligent… Qui a du charme… Mais de là à…
– Il n’y a qu’un pas… Un pas que, te connaissant, tu aurais vite fait de franchir si l’occasion se présentait… Dès que l’occasion se présenterait…
– J’te jure…
– Encore ! Décidément ! Bon, mais n’importe comment te v’là prévenue… Pas touche Kevin… Pas touche… Sinon…


– Il est passé au magasin Kevin hier…
– Ah, oui… Et alors ?
– Et alors… rien… Je te le dis… Que t’ailles pas encore t’imaginer qu’il se trame des trucs derrière ton dos…
– Il voulait quoi ?
– Il cherchait une idée pour un cadeau… Il a tourné un bon moment en rond…
– Il a pris quelque chose ?
– Non… Il a dit qu’il allait réfléchir…
– Ah, oui, à propos… Je lui ai raconté… Que tu t’étais pris une fessée… Je lui ai dit…
– T’as pas fait ça ?
– Ben si ! Pourquoi ?
– Mais parce que enfin ! Parce que…
– Par contre, il sait pas de quoi il retourne au juste… La version que je lui ai servie, c’est que deux femmes que tu ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam te sont tombées dessus dans un coin désert, qu’elles t’ont déculottée et qu’elles y sont pas allées de main morte… Que tu vas les garder longtemps les marques…


– Et il en a pensé quoi de tout ça ?
– Ça l’a beaucoup amusé… « Sabine ! Une fessée ! Oh, la la ! Comment j’aurais trop aimé voir ça ! Orgueilleuse comme elle est… Ça a dû lui rabaisser un peu le caquet … Ça lui fera pas de mal… »
– Il a vraiment dit ça ? J’te crois pas…
– Et puis après, évidemment, il a voulu savoir pourquoi… « Il y avait bien une raison… C’était quoi ? T’as une idée ? » « Pas la moindre… À moins que… la femme de Jean peut-être… Qui aurait découvert… » « Oui, oh ! La femme de Jean ou d’un autre… Parce qu’apparemment elle en est de la comédie ta copine… » J’ai voulu te défendre : « Il se raconte tellement de choses ! Il se colporte tellement de ragots… » Il a éclaté de rire… « Oui, ben en tout cas, Alexandre, je peux te dire que c’est pas des ragots… On les a vus… Des collègues à moi… »
– Où ça on nous a vus ?
– Ah, parce que c’est vrai ?
– Non… Enfin si ! Oui… Oh, mais juste comme ça… Mais où ça qu’on nous a vus ?
– Il m’a pas dit… Bon, mais alors je suppose que pour Sébastien, c’est vrai aussi…
– Non, mais ils sont incroyables les gens ! Ils ont vraiment rien d’autre à foutre que d’espionner ce qui se passe ?
– En attendant, tu sais qu’il a drôlement apprécié  sa petite visite au magasin Kevin ? « C’était trop de lui regarder les fesses et de me dire qu’elles étaient toutes rouges là-dessous… Que je savais et qu’elle savait pas que je savais… Ah, je peux te dire que j’y suis resté un moment… » Et moi je peux te dire qu’il m’en a bien fait profiter en rentrant… Ah, il en était ! Et qu’est-ce que ça aurait été s’il avait su que c’était moi qui te l’avais flanquée la fessée ! Et du coup… Oui, je vais le mettre au courant finalement… C’est une bonne idée, non, tu crois pas ?