lundi 15 juillet 2019

Entre cousines



Ça a commencé parce qu’Alice a voulu lire la lettre qu’Éléonore avait reçue de son amoureux. Qu’elle a essayé de la lui prendre. Elles se la sont disputée en riant. Et, pour finir, Alice est tombée sur le lit et Éléonore lui a donné cinq ou six claques sur les fesses. Toujours en riant. Et a repris sa lettre.
Et puis, quelques jours après, ça a été moi. Sur les fesses d’Éléonore, cette fois. Parce qu’elle s’était servie, sans me demander, de ma bouteille de parfum. Toujours en riant.
Et c’est, très vite, devenu un jeu entre nous. On saisissait n’importe quel prétexte, on en inventait même, pour se mettre des claques sur les fesses. De plus en plus fort. Et de plus en plus longtemps. On aimait bien. Surtout Alice. C’était sans arrêt qu’elle voulait qu’on lui en donne.
– Ça me fait trop de drôles de choses.
On ne se faisait pas prier. Nous aussi, ça nous en faisait. D’en donner comme d’en recevoir.

Ce qu’elle se demandait quand même, Éléonore, c’est ce qu’on pouvait bien ressentir quand c’était sur les fesses toutes nues.
– Non, parce que c’est toujours à travers les habits qu’on se le fait.
Le mieux, pour savoir, elle trouvait que c’était encore d’essayer, Alice.
Oh, ben oui, pourquoi pas ? Entre cousines, on pouvait bien. Et puis personne le saurait n’importe comment.
Et on le lui a fait à Éléonore. Pas trop longtemps. Parce que ça devenait tout rouge. Mais elle a voulu qu’on continue quand même.
– Arrêtez pas ! Arrêtez pas !
Et qu’on tape plus fort. Bien plus fort.
– Allez-y ! Allez-y !
Elle en voulait, elle en a eu. De bon cœur on y est allées. Même qu’on en avait mal aux mains à force à la fin.
– Comment c’était trop bien, les filles !
Elle en avait la figure aussi rouge que le derrière.
– Vous devriez essayer…
Essayer ? On demandait pas mieux, nous.
Et Alice nous a offert son derrière. Qu’on a tambouriné à qui mieux mieux. Elle a gémi, elle a battu des jambes dans tous les sens, mais elle a pas voulu qu’on arrête non plus.
Moi aussi. Leurs mains se sont acharnées sur moi. Ça cuisait. Ça brûlait. De plus en plus au fur et à mesure qu’elles tapaient. Elle irradiait partout, la chaleur. Elle rentrait loin dedans. Elle s’étendait au large. C’était pas désagréable du tout. C’était même agréable. Très agréable. Très très agréable.

On a recommencé. Souvent. Presque tous les jours. Quand il y avait personne. Parce qu’on en faisait de plus en plus du bruit. En tapant, mais surtout en criant. Ou bien alors on allait à la grange. On était sûres d’être tranquilles là-bas. Sauf que ça s’est su quand même. Le valet de chambre d’oncle Charles. Un jour qu’on venait de se le faire. Qu’on était assises toutes les trois, les fesses brûlantes, sur le canapé, près de la cheminée. Il nous a capturées dans son regard. Et menacées du doigt.
– C’est très vilain ce que vous faites là, Mesdemoiselles ! Des grandes filles comme vous ! Vous n’avez pas honte ?
On est devenues écarlates.
– Vous mériteriez d’être punies pour ça.
Il s’est retourné sur le pas de la porte.
– Vous le serez d’ailleurs. À moins que vous ne préfériez que tout le monde soit au courant ? À vous de voir…

(à suivre)

samedi 13 juillet 2019

Les fantasmes de Lucie (60)



Dessin de Dagy


Cordelia m’a écoutée jusqu’au bout. Avec beaucoup d’attention. Sans m’interrompre.
– Alors ? Qu’est-ce t’en penses ?
Elle a haussé les épaules.
– Qu’est-ce tu veux que j’en pense ?
– Deux fois il a dit « on » en parlant de nous. Deux fois. Ça veut dire quoi à ton avis ?
– Que t’es en train de te faire un film, là…
– Mais non, mais…
– Bien sûr que si ! Et en mode love story, s’il vous plaît.
– Je sais pas.
– Eh bien moi, si ! Ça t’a pas suffi, les autres fois ?
– C’était pas pareil.
– Tu parles ! Tu tenais exactement le même discours. Exactement. De toute façon, toi, dès qu’un type entre un tant soit peu dans tes fantasmes, qu’il t’en fait vivre trois ou quatre, ça y est, c’est l’homme de ta vie…
– Quand même pas…
– C’était pas ça avec Julien peut-être ? Et avec Kevin ? Et avec Louis ? Chaque fois t’étais tout feu tout flamme. Il te comprenait là où c’était important pour toi. Et tralali et tralala… Faut vraiment que je te rappelle comment ça s’est terminé ? Comment ça se termine toujours ?
C’était pas la peine, non. Ça allait comme ça.
Elle l’a fait quand même.
– Crises de larmes. Désespoir. Trente-sixième dessous. Et qui c’est, au final, qu’est obligée de te ramasser à la petite cuillère ? C’est bibi. Chaque fois tu jures tes grands dieux que c’est la dernière fois et chaque fois tu remets ça. Tu peux pas t’empêcher. Mais laisse venir, bon sang ! Il y a des types avec qui ça se passe bien, tant mieux ! Profite ! Sans te bercer d’illusions. Le jour où on commence à attendre quelque chose d’un mec, c’est mort. Il le sent. Et il s’éloigne. N’attends rien ! N’espère rien ! Et si ça tombe, un jour, ça se fera tout seul. Tu te retrouveras en couple sans même t’en être rendu compte.
– Tu crois ?
– S’il y a une chance que ça arrive, en tout cas, c’est comme ça…

Elle s’est levée. A disparu à côté. En est revenue en brandissant un martinet.
– Qu’est-ce tu fais ?
– Tu te rappelles pas ?
– Non. Quoi ?
– Quand Loïc t’a larguée, tu m’as fait jurer de te flanquer une fessée comme jamais, si ça te reprenait de tomber amoureuse. Ce que t’es en train de faire. Et je tiens toujours mes promesses. Alors en piste ! Tu te mets sur le lit, le cul à l’air.
J’ai agrippé l’oreiller des deux mains, enfoui la tête dedans, serré les dents.
Comme jamais j’avais demandé.
Comme jamais elle a tapé.
J’ai crié. J’ai hurlé. J’ai bondi du derrière. Ça a duré… Duré…
Ça s’est enfin arrêté. Je me suis relevée.
– Tu sais quoi, Cordelia ? J’ai joui comme jamais.

jeudi 11 juillet 2019

Fessées punitives (11)


C’était Émilie au téléphone.
– Lucile ? Ça va ? Je te dérange pas ?
– Pas du tout, non. Qu’est-ce qu’il t’arrive ?
– Tu pourrais te libérer ce soir ?
– Oh, oui. Sans problème. Pourquoi ?
– Parce que je vais y avoir droit. Devant vous trois. Comme convenu.
– Ah !
– Oui, oh, ça faisait un moment que ça me pendait au nez. Il y avait sacrément du laisser-aller depuis quelque temps. Et moi, quand c’est comme ça, faut me recadrer vite fait si on veut pas que ça parte complètement à la dérive. Il m’a pas prise en traître, je peux pas dire. Ça faisait près d’une semaine qu’il multipliait tant et plus les avertissements. « Attention, Émilie, attention ! Tu files un mauvais coton. » Je n’en ai tenu aucun compte. C’est tant pis pour moi.
– T’appréhendes pas trop ?
– Je suis comme vous toutes. J’ai horreur de ça, les fessées. C’est un très mauvais moment à passer. Pour plein de raisons. Mais je me sens tellement mieux après. Apaisée. Sereine. À nouveau en harmonie avec moi-même. Tout est rentré dans l’ordre. Et ils remontent en flèche, mes résultats, du coup. Alors…

C’est lui qui m’a ouvert. Un type à la soixantaine grisonnante. À la stature imposante. Au regard clair.
– Étienne. Vous êtes Lucile, j’imagine.
– En effet.
– Eh bien, entrez !
Il m’a fait asseoir.
– Elles sont là-haut. Elles vont descendre.
Il a pris place en face de moi. Il m’a fixée. Droit dans les yeux.
– Qu’à leur âge, elles se comportent en gamines écervelées, on peut encore, à la rigueur, le concevoir, mais au vôtre !
J’ai rougi. J’ai balbutié.
– Ça n’arrive plus. Ça n’arrivera plus.
– Oui, oh, alors ça !
Il s’est levé.
– Vous avez beaucoup de chance de ne pas avoir affaire à moi parce que je peux vous assurer que je vous ferais passer, une bonne fois pour toutes, l’envie de dilapider l’argent du ménage.
À mon grand soulagement, Émilie a fait son apparition en haut de l’escalier. Suivie d’Océane et de Bérengère.

Il lui a brandi une feuille sous le nez.
– C’est quoi, ça ?
– Mes résultats.
– Et ça ?
Elle y a jeté un rapide coup d’œil.
– L’historique de mon ordinateur.
– Qui est vraiment très instructif. Tu n’as vraiment rien d’autre à faire que de perdre ton temps, comme ça, en futilités ?
Elle a baissé la tête.
– Si !
– Déshabille-toi !
Elle a obéi. Elle a retiré ses vêtements, tous ses vêtements, un à un. Elle les a soigneusement pliés et déposés sur la petite table, près du radiateur.
Il l’a laissée là, entièrement nue devant nous, un long moment. Avant d’exiger d’un ton sec.
– Approche !
Il l’a saisie par le poignet, attirée en travers de ses genoux.

lundi 8 juillet 2019

Réception



Tableau de Sir Henri Cole

– Laquelle ?
– Celle du bout là-bas. En robe blanche à reflets roses.
– Tu sais qui c’est ?
– Non.
– La femme de Pérochon, le conseiller général.
– Ah, ben d’accord !
– Et tu dis que…
– Qu’elle était là la semaine dernière, oui. L’après-midi. Chambre 340. Avec un tout jeune homme. Vingt ans tout au plus. Et ça donnait. Pour donner ça donnait.
– Tu es sûr que c’est elle ?
– Absolument certain.
– Et il faut que ce soit comme par hasard justement ici, dans ton établissement où elle est venue s’envoyer en l’air, à cent kilomètres de chez elle pour ne pas être reconnue, que le député choisisse de donner sa réception. C’est vraiment pas de chance, avoue ! Elle doit être dans ses petits souliers.
– Elle l’est. Elle évite soigneusement de croiser mon regard.
– Et pour cause ! Alors comme ça, tu dis que ça donnait…
– Et pas qu’un peu ! Elle beuglait comme une perdue. Ça résonnait dans tout l’hôtel. Mais c’est pas tout. Il y a pas que ça ! Elle s’est pris, en hors d’œuvre, une fessée monumentale.
– Non !
– Eh, si ! Et je peux te dire que, vu comment ça lui claquait sur le derrière, elle a dû garder les marques un sacré moment.
– T’avais l’oreille collée à la porte, je suis sûr !
– Je ne répondrai qu’en présence de mon avocat.
– Ben, voyons !
– Bon, mais c’est pas tout ça ! En tant que directeur de cet établissement, je me dois d’aller saluer un à un les convives et m’assurer que tout va bien.

– Alors ?
– Ils sont satisfaits.
– Tu t’es attardé avec cette dame un peu plus longtemps qu’avec les autres.
– Oh, à peine.
– Et tu lui as dit quoi si c’est pas indiscret ?
– Je lui ai demandé si elle n’avait pas trop chaud.
– Elle a compris l’allusion ?
– Bien sûr que oui ! D’autant que j’ai ajouté qu’elle serait toujours la bienvenue dans mon hôtel.
– Et elle a réagi comment ?
– Elle m’a remercié. Qu’est-ce qu’elle pouvait faire d’autre ?
– Elle reviendra ?
– C’est peu probable. Quoique… il y a certaines femmes avec lesquelles on peut s’attendre à tout.

samedi 6 juillet 2019

Les fantasmes de Lucie (59)




Tableau d’Anders Zorn


Il m’a réveillée à petits coups de baisers éparpillés un peu partout.
– Tu te lèves ?
J’ai poussé un vague grognement.
– Tu te lèves ? Il fait jour depuis longtemps. Et il y a l’un de nos voisins qui tourne autour de la maison. Alors ce qui serait bien…
Il n’a pas eu besoin de préciser.
Je me suis levée, mais je ne me suis pas habillée. Je suis descendue. J’ai un peu virevolté en bas. De ci. De là. Au hasard. Un bon moment. Qu’il ait le temps de bien profiter, le voisin. De bien faire connaissance avec moi. Et de constater que mon derrière était orné d’une jolie fessée toute neuve. Et puis je suis allée m’asseoir sur un banc, dans le petit renfoncement à droite de la cheminée. Pour me donner une contenance, j’ai fait mine de raccommoder une pelisse en peau de mouton qui traînait là. Est-ce que, les yeux au ras de la fenêtre, il me regardait le type ? Oui, évidemment qu’il me regardait. Je le savais. Je le sentais. Il me buvait des yeux. Pas question de vérifier, pourtant. J’en brûlais d’envie, mais non, pas question. Ça aurait tout gâché.

Le pas de Victor dans l’escalier. Il s’est approché, penché à mon oreille.
– Il se branle. Et toi, je suis sûr que tu mouilles comme une petite cochonne. Avoue !
– Mais non, mais… Si !
Il m’a passé la main sur la joue.
– On le laisse se finir et je m’occupe de ton cas.

Il s’en est occupé. Là-haut. On a roulé sur le lit.
– Tu aimes ça qu’on te voie, hein !
– Oui, Victor, oui.
– Qu’on t’admire…
Je n’ai pas répondu. Je me suis serrée contre lui.
– Et qu’on se branle en te regardant.
– Viens, Victor, viens ! Oh, viens !
Et je me suis jetée à grands coups de bassin contre lui. J’ai hululé. Clamé mon plaisir. À pleine gorge.
J’ai continué. Qu’il ait le sien. Eu une nouvelle fois le mien. Que j’ai encore proclamé.
On s’est blottis l’un contre l’autre.
– Eh ben, dis donc ! Quelle déferlante ! On devait t’entendre jusqu’à Los Angeles.
Il m’a déposé un baiser sur la pointe du sein.
– S’il était toujours là, Maxime, et c’était sûrement le cas, il a pas dû être déçu du voyage.
Et on a recommencé.

– On va faire un tour ?
S’il voulait, oui.
On a pris un chemin qui s’enfonçait sous les arbres. Quelques dizaines de mètres. Un ancien corps de ferme. Rénové. Il en a pris la direction.
– C’est chez qui ?
– Tu n’en as pas une petite idée ?
Si ! Évidemment que si !
Il a ouvert la porte, nous a gratifiés d’un large sourire. Un bel homme. Aux yeux gris. À la quarantaine florissante.
– Entrez ! Entrez ! Restez pas là ! Asseyez-vous ! Qu’est-ce que je vous sers ? Un petit café ?
Il s’est affairé.
– Alors ? De retour ? Vous êtes là pour longtemps ?
– On sait pas encore.
Je le regardais aller, venir. Il m’avait vue nue. Il s’était donné du plaisir en me contemplant. Il y pensait. Il y pensait forcément. Et moi aussi, j’y pensais. Je ne pouvais même penser qu’à ça.
Il s’est assis avec nous. En face de nous.
– Même pas une petite idée ?
Victor est resté dans le vague.
– Quatre ou cinq jours, sûrement. Quelque chose comme ça.
Il a intérieurement poussé un grand soupir ravi, le voisin. Quatre on cinq jours ! Quatre ou cinq jours à pouvoir profiter de moi. À pouvoir me mater tout son saoul.
Victor a enfoncé le clou.
– Oh, mais on reviendra. Bientôt.
À mon tour de me sentir intérieurement délicieusement ravie. Il avait dit « on ». Ça faisait deux fois qu’il disait « on ».
Il nous a proposé un second café. Qu’on a refusé.
– Non, merci. Ça ira.
Il s’est tourné vers Victor.
– Alors, comme ça, vous avez fini par vous décider à vous mettre en couple…
Il n’a pas répondu. Il m’a souri.

jeudi 4 juillet 2019

Fessées punitives (10)


Bérengère était aux anges.
– Ça marche, les filles ! Ça marche ! Ça en fait trois, coup sur coup, qui me draguent comme c’est pas possible. Et je donne pas suite. Et je résiste. Ils sont beaux pourtant ! Beaux comme c’est pas permis.
Elle avait besoin de nous voir. Souvent. Presque tous les jours.
– Ça me motive un max… Non, et puis rien qu’avoir Océane, là, à côté et repenser à la fessée qu’elle s’est prise l’autre jour, comment ça me calme, vous pouvez pas savoir.

Ça a duré trois semaines. Et puis, un soir, elle est arrivée catastrophée.
– Je suis nulle, mais nulle d’une force !
– Oh, toi, t’as replongé !
– Si ! Oui. Mais c’est pas ma faute. Enfin, pas vraiment. Pas complètement. Comment il était enjôleur ! Et puis alors, il a de ces yeux ! Tu peux pas ne pas craquer avec des yeux pareils. Vous aussi, les filles, vous lui seriez tombées dans les bras. C’est obligé ! Oh, mais rassurez-vous ! Pas question que je le revoie ! Parce qu’il a été très clair, Clément, la fois où on s’est pris la tête tous les deux. Très très clair. « Que tu tires un coup, comme ça, un soir, vite fait, parce que t’auras pas pu t’empêcher, à l’extrême rigueur je pourrais encore passer l’éponge. T’en serais quitte pour une bonne fessée devant tes copines. Mais si ça devait être une relation qui dure, alors là, non ! Non, non et non. Tout serait définitivement fini entre nous. » Et je veux pas le perdre, Clément, ah, non, alors ! Je pourrais pas vivre, moi, sans lui ! C’est même pas imaginable.

Elle a surgi en trombe deux jours plus tard, s’est affalée sur une chaise.
– Eh ben voilà ! Voilà. Ça y est ! Moi, de toute façon, dès qu’il y a une connerie à faire, vous pouvez être tranquilles que je la fais…
– C’est ce type, hein ?
– Évidemment que c’est lui ! Évidemment ! Il baise trop bien, aussi ! Ça devrait être interdit de baiser comme ça. Parce que j’oublie tout dans ses bras. Tout ce qui n’est pas lui. Et le plaisir qu’il me donne. Il y a plus rien d’autre qui compte. Seulement après…
– Tu culpabilises.
– Et pas qu’un peu. C’est dégueulasse ce que je fais. Il mérite pas ça, Clément. Surtout que je lui ai juré mille et mille fois mes grands dieux que je la trahirais plus jamais sa confiance. Seulement c’est plus fort que moi, j’y arrive pas. Et je vis plus. Parce que j’ose plus le regarder en face. Parce que j’arrête pas de me demander s’il va pas découvrir le pot-aux-roses. Et il le découvrira forcément. J’ai beau faire hyper attention, m’entourer de millions de précautions, c’est obligé qu’un jour ou l’autre ça finisse comme ça. Il arrive toujours un moment où on commet une erreur. Ou bien il y a le hasard qui s’en mêle. Et puis il est pas né de la dernière pluie non plus, Clément. Je suis bien tranquille qu’il reste en alerte. Qu’il me surveille en douce. Chat échaudé…
On était toutes les trois, Océane, Émilie et moi, du même avis. Il y avait effectivement de fortes probabilités pour qu’il se rende compte qu’elle le trompait. Et ce jour-là…
– Mais qu’est-ce que je peux faire alors ? Qu’est-ce que vous feriez, vous, à ma place ?
Nous ? On le quitterait, ce type. Et au plus vite.
– Non, mais alors ça, c’est juste pas possible. C’est au-dessus de mes forces.
– Dans ces conditions, il y a pas de solution.
Émilie, elle, elle pensait qu’il y en avait quand même peut-être une.
– Joue franc jeu !
– Comment ça ?
– Mets cartes sur table. Avoue tout ! Dis-lui les choses telles que tu viens de nous les dire, là. C’est ta seule chance.
– C’est quand même sacrément risqué.
– Pas tant que de le laisser découvrir, par lui-même, ce qui se trame derrière son dos.
– Peut-être… Je sais pas.
– Par contre, attends-toi à une fessée. Et carabinée.

lundi 1 juillet 2019

À ce qu'il paraît…




Tableau de Charles-Edmund Tarbell

– Vous savez pas ce que j’ai appris ?
– Non. Quoi donc ?
– Mais vous le répéterez pas ?
– Bien sûr que non ! Tu nous connais. Ça sortira pas d’ici.
– Eh bien, la Jeanne Delmont…
– La femme du notaire ?
– Elle-même. Jamais vous iriez imaginer… Elle s’est fait prendre.
– Prendre ?
– À voler.
– Non !
– Jeanne Delmont ! C’est pas possible !
– Eh, si ! De source sûre je le sais. À Paris ça s’est passé. La semaine dernière. Chez un joaillier.
– Alors ça !
– Et pour des sacrées sommes il y en avait, à ce qu’il paraît.
– Non, mais qui aurait pu aller penser une chose pareille ? Jeanne Delmont !
– Et c’est pas tout ! Vous savez le plus beau. Parce qu’il voulait porter plainte, le bijoutier. Pas moyen de l’en faire démordre.
– Ce qu’on peut comprendre.
– Il n’y a finalement renoncé, après d’interminables palabres, qu’à la condition qu’en contrepartie elle se laisse punir.
– Punir ? Comment ça, punir ?
– Une fessée !
– Non !
– Eh, si !
– Et elle a accepté ?
– Elle n’avait pas vraiment le choix. Parce qu’un procès dans sa situation, avec son mari notaire… Sans compter que vous les connaissez les gens ici. Ils auraient parlé. Ils ne s’en seraient pas privés. Et ça lui serait revenu sans arrêt en pleine figure.
– Et donc…
– Elle s’en est ramassé une bonne, oui. Et les fesses à l’air, s’il vous plaît… Même qu’elle a pas été très courageuse, à ce qu’il paraît. Elle hurlait comme une perdue et elle battait des jambes dans tous les sens. Faut dire aussi que le joaillier, il y allait de bon cœur.
– Mais d’où vous savez tout ça?
– Le monde est petit. La sœur du mari de ma cousine, celle qu’est montée à Paris, elle y travaille dans cette bijouterie. Alors !
– Je la plains quand même, la pauvre femme ! Ça a dû être une rude épreuve.
– Ah, ça, sûrement ! Mais, d’un autre côté, faut reconnaître : elle l’avait bien cherché.
– Et mérité.
– Ça lui aura rabattu un peu son caquet. Parce que c’est insupportable, ces grands airs qu’elle se donne en permanence.
– Et qu’elle continuera à se donner, faut pas se faire d’illusions.
– En tout cas, moi, maintenant, je vais la voir d’un autre œil.
– Ah, ça, moi aussi !
– Et je peux vous dire que dorénavant, quand elle viendra chez moi, je vais la surveiller comme le lait sur le feu. Alors là !