lundi 3 février 2020

Les fessées de Morgane (11)



Origine de l’illustration : Free-Photos sur Pixabay

Elle a voulu qu’on descende à huit heures.
‒ Qu’on voie le plus de monde possible. Quitte à le prolonger, le petit déjeuner.
Il y avait deux couples attablés. Qui ne nous ont pas prêté la moindre attention.
‒ Ils ont pas dû entendre, ceux-là. Sans doute qu’ils étaient trop loin.
La salle s’est progressivement remplie, mais on continuait à nous ignorer superbement.
Il y a bien eu deux jeunes femmes qui ont chuchoté en riant sous cape, mais à aucun moment elles n’ont regardé dans notre direction.
‒ Vous croyez que c’est de nous qu’elles parlent ?
‒ Franchement, j’en doute.
‒ Oui, moi aussi.
On sortait. On entrait. Mais on ne nous manifestait pas le moindre intérêt.
‒ Je comprends pas. J’ai crié fort quand même. Non ?
‒ Oh, pour ça, oui !
‒ Et ça s’entend, le claquement du fouet. Ou alors faut être complètement sourd.
Quant à nos plus proches voisins, ils ne sont pas descendus.
‒ Sans doute qu’ils se sont fait porter le petit déjeuner au lit.
‒ Oui, mais enfin, c’est incroyable, ça ! Tout le monde s’en fout. Je sais pas, moi, mais si j’avais entendu un truc pareil dans l’une des chambres d’à côté, je me serais empressée, le lendemain, de descendre voir la tronche qu’elle avait la fille. Je l’aurais fixée, de l’air de dire que je savais qu’elle s’était fait tanner le cul et qu’il devait être dans un drôle d’état là-dessous. J’aurais tout fait pour la mettre mal à l’aise, qu’elle ait bien honte, qu’elle sache plus où se mettre. J’aurais fait tout un tas de réflexions exprès pour qu’elle les entende
‒ Si tu continues comme ça, c’est toi qu’on va entendre. Qu’on entend déjà d’ailleurs.
Elle a haussé la voix.
‒ Je m’en fous. Je les connais pas, tous ces gens-là, n’importe comment.
‒ Ça suffit, Morgane !
‒ Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? C’est pas vrai peut-être ?
‒ Fais attention ! Fais bien attention !
‒ Oui, oh, c’est toujours pareil. Je peux jamais dire ce que je pense. Jamais. J’en ai marre ! Ce que je peux en avoir marre !
Je me suis levé. Je l’ai prise par le bras. Fait lever à son tour.
‒ Viens !
‒ Où on va ?
‒ Et tu discutes pas.
‒ Oh, non ! Pas encore une fessée, hein !
‒ Ça, c’est ce qu’on va voir.

Dans la chambre, en haut, elle s’est faite admirative.
‒ Non, mais comment vous avez assuré ! Ah, ça leur en a bouché un coin, hein ! Je les ai pas trop regardés sous le nez, mais sûr qu’on les a interloqués.
‒ Tu as eu ton petit succès, oui.
‒ Et là, ils doivent être en train de se dire que je suis en travers de vos genoux, le cul à l’air, en train de me ramasser une monumentale claquée.
‒ Il ne tient qu’à toi.
‒ Oui, mais non, merci. J’ai eu mon compte hier soir. D’ailleurs à ce propos, je voulais vous dire Maintenant ce que j’aimerais, c’est qu’on marque une petite pause dans tout ça. De quelques semaines. Le temps que mes cheveux repoussent. Que je digère tout ça. Et que je me prépare à passer à la vitesse supérieure.
‒ À la vitesse supérieure ? C’est-à-dire ?
‒ Je vous dirai, le moment venu. C’est pas encore suffisamment clair dans ma tête.

On s’est quittés à la gare.
‒ Je peux pas avoir quand même une petite idée ?
‒ De ? Quand je vous recontacterai ? Je peux pas vous dire, non. Je le sais pas moi-même. Vous verrez bien. Mais je le ferai. Promis.
Et elle s’est enfuie avec un petit signe de la main.

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